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Délires de la nature

  • L’enraciné Abbé Aymon

    Célébrons l’Abbé Aymon. Les merveilles de la nature à l’ombre de la croix : une telle promesse a de quoi nourrir la perplexité de l’automobiliste qui traverse un village de l’Indre en 1994. A fortiori si la croix est rouge. Et qu’elle se détache sur une façade blanche comme la blouse d’une infirmière. A fortiori si une pancarte au pied de la porte de la boutique fait état de chefs d’œuvre de racines à voir et à revoir.

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    Fût-on athée comme une souche, rancunier comme une mule du pape à l’égard des membres du clergé, on ne pouvait que plaider pour cette paroisse.

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    l'internationale intersticielle,André Aymon,Thevet Saint-Julien,racines

    La paroisse rurale de ces faiseurs de miracles -ensoutanés ou non- qui ont de l’art au bout des doigts. On pénétrait au centre de celle-ci qui mêlait si facilement bréviaire et De natura rerum par trois degrés de pierre alors salpêtrées.

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    Curieux du zoo bizarre qu’on apercevait derrière des vitres plus ou moins translucides. 250 animaux et personnages se pressaient là, on voulait bien le croire.

    l'internationale intersticielle,andré aymon,thevet saint-julien,racinesl'internationale intersticielle,andré aymon,thevet saint-julien,racines

    Mais la porte était fermée. Il fallait attendre -innocente initiation- le concours de Georges, un voisin qui veillait sur le lieu. Il ne tardait pas.

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    Il y a 23 ans, c’est à dire 7 ans après la disparition de André Aymon (1903-1987), le souvenir de ce drôle de curé était encore vif à Thevet Saint-Julien, commune du centre de la France. Inventeur, bricoleur, sculpteur, lève-tôt, évadé pendant la guerre…

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    Georges se faisait l’écho des anecdotes de ses concitoyens. C’est que l’Abbé Aymon avait tout ce qu’il fallait pour entrer dans leur modeste Légende dorée. Avec son nom de chanson de geste. Avec son église dont il avait 45 ans durant ouvragé les portes, décoré les piliers et les balustrades. Dans un style d’imagier réservé dans nos campagnes à des travaux de moindre ampleur (boîtes, cannes, coffres etc.).

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    Fils de menuisier, Aymon était tombé dans le bénitier des travaux d’art à 9 ans. « J’ai volé une planche de l’atelier pour la sculpter et je lui ai fait un cadre avec une branche d’églantine » confiait-il à l’un de ces journalistes dont il n’aimait guère qu’ils viennent l’embêter « pour mettre des articles sur les journaux ».

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    Sagement André Aymon faisait la part du feu. Si, malgré son originalité, son église témoignait de son adaptation sociale, son centre paroissial pactisait avec des forces radicalement individuelles.

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    Puisant ses matériaux au bord de L’Igneraie, la petite rivière qui baigne une dizaine de localités de la région, il y discernait des formes qu’il aidait à naître par des interventions plus ou moins légères.

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    Avec une sorte d’intuition hallucinatoire qui n’est pas sans faire penser aux Légendes rustiques récoltées dans le Berry par Maurice Sand.

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    De ce point de vue, la scénographie sauvage privilégiée par l’abbé dans son centre paroissial (de nos jours devenu musée), avec son apparence de vrac métonymique, ménageait à l’inconscient des voies d’accès.

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  • Gogotte de compagnie

    L’art à gogo c’est maintenant, c’est partout. A mi chemin entre la crème fouettée et la cire anatomique : la gogotte de Fontainebleau qui passe en vente à Drouot le jeudi 2 février 2017.

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    Objet plein de plis comme un shar-pei.

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    On lit dans celui-ci un nombril qui suce son pouce.

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    Mais il y a matière à se projeter davantage dans cette « curiosité minéralogique » au look de porcelaine. De telles concrétions gréseuse due à l’érosion millénaire des sols ont pour cousines les moins rares roses des sables. La gogotte c’est fou ce que la nature parfois sait se montrer interstiCielle.

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  • André de Richaud sur le feu

    richaud rouge.pngAndré de Richaud au feu fait sa part.

    Dans un recueil de nouvelles publié par Le Temps Qu’il Fait en 1986, une phrase comme une étincelle donne le départ à un nouveau foyer interstiCiel : « Mais tout flambe dans le monde comme tous mes récits veulent flamber en poèmes ».

    Quelle meilleure clé de l’œuvre de Richaud que cette phrase de Richaud ?

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    En cet été d’autos de pompiers sillonnant les routes du Comtat, du Luberon et des Alpilles, cette phrase se hisse à la hauteur baroque d’un vers de Jean de Sponde couvant dans ma mémoire : « N’est-ce donc pas assez que je sois tout en flamme ».

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    La nuit en Provence fournit parfois le spectacle d’un brasier dansant à des dizaines de kilomètres. Remonte alors de notre esprit le souvenir soufré de médiévales dévastations, de catastrophes naturelles ou morales d’un autre temps. Cités incendiées, mur de peste, chagrins d’enfance.

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    L’insomnie ainsi propagée, le déboussolage propice à la lecture d’André de Richaud peut faire son effet. C’est le moment de se plonger dans Le Feu, une des six nouvelles de La Part du diable. Richaud, dans la veine fantastique et rurale qui lui est propre, y chronique la foudre imaginairement. Celle tombée d’un orage romantique qui a la violence d’un pays dont le Ventoux est le Fuji.

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    Le père d’Hubert le facteur -personnage central du récit- en un éclair fut emporté quand son fils avait 5 ans. On retrouva sa « peau boucanée, étendue sur la maîtresse branche d’un chêne comme une chemise à sécher ». Que faire de la dépouille ? La porter en procession à la veuve. Non sans admirer au passage le tour de main du ciel : « Souple et toute dorée, la peau avait été décollée par un artiste (...) fendue du sommet du crâne à l’anus suivant la colonne vertébrale ».

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    S’insère alors dans cette histoire complexe et nourrie d’éléments biographiques transposés un épisode où la cruauté, le scabreux, l’humour noir et le fétichisme morbide s’emboîtent. La mère d’Hubert et sa tante Clara s’emploient à redonner figure humaine au cadavre avant de l’enterrer. En le rembourrant avec de la laine prélevée dans un matelas éventré. « Quand le cadavre fut bien rebondi -les fesses faisaient plaisir à voir-, les deux femmes (...) cousirent le tout, tapèrent un peu du plat de la main comme on le fait aux édredons et retournèrent la poupée. « Oh ! Marie !...» s’écria la tante Clara qui n’était pas mariée, en rougissant. Marie avait passé la laine jusque dans les plus petits recoins sans prendre garde à ce qu’elle faisait. »

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  • Hommes des tourbières

    Sacrifices à caractère religieux, exécutions de criminels ou d’individus déviants ? les scientifiques aujourd’hui ont du mal à se prononcer sur le sort de ces pauvres bougres zigouillés, sans doute à la fin du second âge du fer et enfouis dans les tourbières de l’Europe du nord, au Danemark en particulier.

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    Un livre de Peter Wilhem Glob (1911-1985) paru en 1965 (traduit en français l’année suivante) les a fait connaître.

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    Cet archéologue danois, co-fonda avec le peintre Asger JornL’Institut scandinave du Vandalisme comparé qui étudia les graffiti, cette forme de création pure.

    Les spéculations de Glob sur les rites sacrificiels de l’antiquité nordique et les sacrifices à la terre-Mère sont aujourd’hui sujettes à interrogations.

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    Avec ses recherches et ses travaux, Glob fut cependant à l’origine de la circulation de ces troublantes images macabres qui révélèrent au monde de l’après-guerre les étranges propriétés de conservation chimique des corps par les tourbières acides.

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    Ce n’est pas mince mérite d’avoir ainsi mis en évidence combien la vacherie humaine peut être sublimée par les forces brutes de la nature.

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  • Souricière à nuages

    Une fois, sur le sommet de son crâne, « entouré d’un taillis gommé », le Sauvage planta , selon Marie Mauron, « une souricière pour capter non les rats mais les nuages. Une enquête minutieuse dans l’intersti-ciel de ce village nous a permis de comprendre qu’il y avait des raisons à cette ingénieuse idée.

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