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Fragments

  • Une deltheillerie

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    Un château, une vieille église et la Blanquette de Limoux, Pieusse est un village de l’Aude qui, en matière de patrimoine, ne fait pas exception à la règle.

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    Son principal titre de gloire c’est qu’il marqua de son empreinte Joseph Delteil qui dort maintenant dans son cimetière.

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    Pas mal de choses historiques et touristiques ont été dites sur Pieusse mais il faut lire les écrivains, spécialement ceux à la moustache en brosse sous un nez subtil comme celui de Joseph Delteil.

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    Dans l’un de ses Textes inédits (intitulé Le Rêve) publié par Robert Briatte dans la Collection Qui êtes-vous ? à La Manufacture en 1988, Delteil au sortir d’une généralité sur les forains (« ils sont partout, ils sont au fond de l’homme ») pique notre curiosité en bifurquant sur le curé de Pieusse.

    Pas un ecclésiatique ordinaire cet abbé Coste! Impossible de dénicher son prénom. C’est à peine si l’on sait qu’il installa en 1866 l’orgue de Saint-Genest. Mais Delteil le salue « du balcon de ce monde moderne » pour une raison qui ne peut que nous intéresser : une œuvre. « Une seule œuvre » à laquelle cette « âme ingénue et superbe » a consacré « quatorze cent soixante beaux jours pleins ». Pas un château, pas une église, pas une vigne mais un livre. Unique et enluminé. Non pas une œuvre de l’esprit mais « une œuvre du cœur ».

    Delteil eut le privilège de tenir entre les mains ce missel réalisé avec une ferveur et une patience comparables à celles des miniaturistes médiévaux. Il nous en parle, emporté par son style inimitable, avec des accents qui nous font regretter de n’avoir trouvé aucune reproduction de ce travail où il ne fallait pas chercher « des théories esthétiques ou le signe fulgurant des dons du génie. mais tout simplement une application paradisiaque (…), un tour de main tout proche du monde végétal, le jeu enfin d’une âme foraine, avec ses trésors de pudeur et de joie (…) ».

    Retour aux forains et fin de la digression. Le temps pour nous de clore cette note qui se voudrait bouteille à la mer interstiCielle. Si l’un de nos lecteurs nous apportait soudain une image du Missel Coste ? Ce serait le rêve.

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  • L'ii c'est de la balle!

    Les nouvelles sont bonnes ? « Ma foi, c’est toujours pareil » me disent les militants de la singularité à la papa. C’est calme quand on se croise en ligne. On se salue dans les rues du village planétaire. Voire même en live dans les couloirs du métro quand ils reviennent de la foire, le panier plein de colifichets OAF.

    Leurs bouches sont pleines de Daniel Cordier par ci, de Daniel Cordier par là, pour ce millésime 2017. Daniel Cordier qu’ils enrôlent dans une sainte trinité brute en compagnie de Jean Dubuffet et Henri Michaux !!!

    Mon manque d’enthousiasme pour pareils brouillages leur fait peine à voir. Ils ne veulent rien comprendre au domaine de l’ii. Ils me somment de leur dire si c’est de l’art ou du cocon. Répondre serait assommant. J’ai toujours préféré le tennis.

    grozdanovitch portrait 2.jpgDu moins quand c’est Denis Grozdanovitch qui arbitre. Dans son Précis de mécanique gestuelle & spirituelle, paru sous le titre De l’art de prendre la balle au bond en 2007 chez J.C. Lattès, je tombe page 271 sur son évocation des « longues exégèses à propos de la trace réelle sur la terre battue (…) ».

    Il y rappelle la règle suivant laquelle une balle qui rebondit sur les lignes délimitant le court est jugée bonne s’il n’y a « aucun interstice résiduel entre la trace et la ligne ».

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    Sans crainte de la faute, c’est au contraire à la recherche et à l’exploration de cet espace litigieux que notre blogue se consacre. Même si (ou surtout si) l’InterstiCiel, dans sa façon d’effleurer les limites des terrains trop balisés, se réduit parfois à quelques millimètres.

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  • Un Diogène breton

    couv ruban.jpgDénouer Le Ruban au cou d’Olympia au fil des 288 pages de l’édition Gallimard de 1981 c’est par exemple, à la 95e, faire la rencontre de Tanguy. Non le peintre du même nom mais un ouvrier agricole, une sorte de clochard.

    « Terreuse plus que pierreuse », tels sont les mots qui viennent à Michel Leiris pour évoquer la « tanière » de cet aide jardinier breton, jaloux de sa liberté, alcoolique et réfractaire.

    A l’auteur de L’Afrique fantôme, elle inspire cette relation presque ethnologique : « Ce n’est pas une gaine de pierre qu’il avait pour lit mais une sorte de terrier, trouvé tout fait et juste à sa mesure, dans lequel il s’enfournait tout habillé, après s’être enveloppé de papier journal quand l’hiver l’obligeait à se protéger du froid. Un vieux vélo, quelques ustensiles de cuisine, un tas de bois préparé pour le chauffage en plein vent, ainsi que le paquet de vieux journaux et d’illustrés composant ce qu’il appelait sa bibliothèque – tel était à peu près le matériel dont disposait ce Diogène ».

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  • Fous en 3 lignes

    Un inconnu peignait en ocre les murs du cimetière de Pantin

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    et Dujardin errait nu par Saint-Ouen.

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    Des fous, paraît-il.

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    Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes

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  • Concours Lépine dorsale

    Dessin anonyme :

    « Le patient est dans son lit, il est étendu, ne bouge plus et solidifiné (sic) ».

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    Anonyme, sans titre, sans date

    Commentaire du dessinateur : 

    « Cet appareil de mon imagination permettrait le soin individuel, personnel, confidentiel : il serait capable a) de tisser les muscles suivant canevas (…) b) de les imprégner de sérum, tels que le sérum des bovidés, des lapins et dans les cellules le sérum du miel ou autre analogie (…) ».

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  • Le Sauvage et les araignées

    Mireille ramène au Sauvage et au début de L’Internationale. Une brochure tombée entre nos mains avec un gros plan sur le visage ridé et la chevelure hirsute du « plus bel excentrique des Alpilles », selon Charles Mauron. Éditée par l’Association Lou Maset dóu Pouèto animée par Robert Aprin.

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    Un tiré à part du Journal des Alpilles (Lou Journalet dis Aupiho) n°41 (2011), son mensuel. Douze pages de souvenirs, de poèmes.

    Et des textes de Paul Blanchet en provençal. Tel ces vers (A mis estaragno) où il chante son estime pour les araignées impitoyablement exterminées par les hommes:

    Tre que l’ome vous vèi, vous tuvo, vous escracho,

    Coume se pourtavias malur à sa santa :

    I cantoun di plafound vosto telo i’empacho !

    E bèn Iéu vous estime e vous vole canta.

     Voici la suite, en français, malgré la baisse de tension poétique que ça implique :

    Allons ! Mes araignées, allons ! Faîtes des toiles !

    Tapissez mes murailles, allez, j’en aurai soin :

    Il me semblera voir encore ces voiles

    Qu’en pleine mer je rencontrais si loin !

    Remplissez le plancher, pendez vos hamacs,

    Faîtes-moi des morceaux à couvrir les poutres.

    Ce message est à entendre au pied de la lettre. En témoigne une lettre de Roger Fry, citée par Virginia Woolf :

    « Il vit tout seul, et éprouve une passion pour toutes sortes d’animaux sauvages et de plantes, mais surtout les araignées, qu’il collectionne et garde dans sa chambre, qui est entièrement tapissée de toiles d’araignées. Il a écrit en français un charmant poème sur ses bêtes favorites. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’il est également très instruit en littérature française et qu’il critique les œuvres avec beaucoup de finesse. Il ne porte jamais de chapeau, parce que le mistral a un jour emporté son couvre-chef et qu’il a juré que ça ne se produirait plus jamais. »

    Virginia Woolf. La Vie de Roger Fry. Traduit de l’anglais par Jean Pavons. Payot et Rivages 1999.

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    L’édition originale en anglais date de 1940.

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  • Socrate au sommet

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    Land art sans le vouloir. Ce profil de Socrate au nez camus en carte postale des années cinquante. Ready made naturel aidé, révélé par l’œil du photographe. Entre ciel et interstiCiel.

    Et comme le dit Louis Scutenaire :

    « Atteindre les sommets les use ».

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  • Les anges de Picabia

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    « Les connaisseurs ont tout gâché; dès qu’ils touchent à quelque chose de frais avec leurs mains grasses le pollen y reste collé; voyez ce qu’ils ont fait des chants gitans, de la musique nègre, des dessins d’enfants et de fous! C’étaient des animaux sauvages qu’ils ont mis en cage, ceux-ci y ont perdu leur couleur en attendant d’être débités en morceaux et transmués en billets de banque.»

    Francis Picabia in La Fosse des anges, 1929, revue Orbes n°2

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  • La folie arctique

    l'internationale intersticielle,emile petitot,pierre déléage,pierre boucheron,zones sensibles,anthropologie linguistiqueZones sensibles ramène dans nos filets interstiCiels Émile Petitot, ethnologue à la limite du délire. Petitot, nous en avons parlé déjà l’année dernière parce qu’il nous semblait injustement oublié.

     

    Voilà qu’un professeur au Collège de France, Pierre Boucheron, dans un article du Monde des livres du 2 juin 2017, en souligne à son tour l’existence. En chroniquant sur La Folie arctique, le livre de Pierre Deléage, anthropologue à l’écoute des rituels prophétiques et chamaniques des Amérindiens.

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    L’éditeur de cet ouvrage biographique consacré à notre savant-missionnaire, sage et fou à la fois, est une nouvelle maison belge de Bruxelles qui se consacre aux sciences de l’homme. On lira avec profit son Manifeste où elle éclaire sa voie située entre « gros » et « petits » (éditeurs).

    Pierre Boucheron, pour sa part, en fait l’éloge : « Les ouvrages de l’éditeur Zones sensibles sont de ces objets qui font aimer le papier; leurs couvertures (…) renferment le plus souvent des textes singuliers, rugueux et risqués, élargissant notre expérience du monde ».

    Tout ce qu’on aime.

    Suivons donc Pierre Deléage sur la piste d’Émile Petitot qui eut pour informateur Peau-de-Lièvre, une chamane du nord-ouest du Canada. Il se passionna si fort pour les Dénés dont il étudia la langue qu’il finit par penser que ces indiens « devaient être considérés comme les descendants des Hébreux de l’Ancien Testament ». Suivant en cela (sans le vouloir ou le savoir) un mythe des plus européens puisque cette théorie de la tribu perdue d’Israël fut en usage chez les Juifs d’Amsterdam au 17e siècle.

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    Paradoxalement Petitot, qui fréquenta l’asile d’aliénés de Longue-Pointe à Montréal en 1882, semble s’être prémuni des ravages de la haute folie par ses constructions délirantes elles-mêmes. Le fait est qu’il parvint à retourner à la « normalité » de son sacerdoce en France.

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    Cela ne conduit pas moins Deléage à s’interroger « sur les origines délirantes, furieuses et fantasmagoriques de l’anthropologie linguistique (…) » en général

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  • Politesse bien comprise

    l'internationale intersticielle

    Digne du soldat Chvéïk cette rédaction d’un brave écolier de chez nous qui pour sa capacité à caresser dans le sens du poil une magistrale question (Dites pourquoi la politesse est utile à la société) mérite de figurer dans les annales de l’ii.

    La politesse est utile à la société sinon nous n’aurions pas d’amis et nous ne serions pas admis dans les cours de Français, mathématiques, de Gymnastiques, d’anglais, etc… Si nous n’étions pas poli les surveillants nous coleraient, nous gronderaient et nous donneraient des punitions tout le temps. Si nous n’étions pas poli on nous traiterez de voyous et nous ne trouverions pas de travail plus tard. La Politesse sert à se faire des amis, la Politesse sert aussi à ce que les proffesseurs ne nous grondent pas quand on fait une petite bêtise. La Politesse sert à n’être pas pauvre plus, tard, car quand on est impoli on n’a pas déducation et l’on ne travaille pas on n’a pas d’argent et quand on a pas d’ag argent on est pauvre . Si on n’est pas très poli on est connu. La politesse sert c’est comme la sagesse, la bonté et la gentilesse

    Transcrit d’une feuille de classeur perforée, format 17 X 22 cm, à lignes apparentes. L’auteur, un certain Bruno, écrit fort lisiblement et respecte scrupuleusement la ligne rouge de la marge. Son manuscrit semble dater des années soixante du vingtième siècle. (extrait)

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  • Vaincre en obéissant

    Dans le sillage de notre note du 3 avril 2017 relative à Joseph Thoret, une citation de Charles Mauron qui fut maire de Saint-Rémy de Provence de 1945 à 1959, période à laquelle l’aéropeintre y travaillait.

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    Elle est extraite de : Van Gogh, études psychocritiques (page 99), un livre publié par José Corti en 1976.

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    « L’artiste s’abandonne aux forces que l’homme normal refoule, mais tandis qu’il se laisse porter par elles, il apprend à les connaître et à les dominer. La technique créatrice est analogue à celle de la navigation ou du vol. Tout le problème est de vaincre en obéissant (…) ».

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    L’internationale interstiCielle :

    un blogue de planeurs.

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  • Déprédations programmées

    Un million de dollars pour une citrouille, des miettes pour une cathédrale. Faut-il en rire ou en pleurer ? On se le demande. Même si la citrouille était fausse. Même si la cathédrale était un modèle réduit de celle de Chartres. L’iconoclastie est au cœur de notre monde comme l’obsolescence programmée peut l’être au cœur du marché. Deux événements récents nous le rappellent.

    La destruction délictieuse d’une œuvre de Raymond Isidore au sein de sa maison Picassiette devenue monument historique.

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    L’endommagement accidentel de l’installation cucurbitacière de Yayoi Kusama au musée d’Hirshorn à Washington.

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    Tragédie dans le premier cas puisque la cathédrale miniature constituait le noyau central de la création mosaïquée d’Isidore, le foyer incandescent de sa ferveur bâtisseuse.

    Farce dans le second puisque l’artiste japonaise ne tardera pas à remplacer cette kitchounette citrouille en céramique, récoltant au passage tout le profit médiatique possible de cette péripétie.

    Car la différence s’arrête là. A Raymond Isidore, la stupide volonté de nuire d’un saccageur du dimanche soir. A Yayoi Kusama, l’étourderie d’un visiteur qui voulait prendre un selfie. Acte malfaisant et délibéré dans le premier cas. Acte manqué, plus ou moins induit, dans le second. Plus ou moins induit parce que le mode de visite de l’installation de Yayoi Kusama (30 secondes, porte fermée, seul ou par groupes de 4) supposait bien évidemment le risque.


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    La mésaventure du visiteur maladroit de Washington illustre à sa façon la connivence paradoxale de nos sociétés -pourtant patrimoniales en diable- avec le vandalisme. La pratique de l’incitation douce à la déprédation s’est installée dans les milieux professionnels de l’art au point de faire partie de l’œuvre elle-même en contribuant à son retentissement.

    Exposez par exemple une réplique en lego d’un personnage de Zootopie à taille humaine et il se trouvera toujours un garnement pour franchir le cordon de sécurité et mettre par terre cet artefact de l’artiste chinois Zhao.Tentation trop forte qui ne fera l’objet d’aucune réprimande.

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    Comme dans l’affaire de Washington, les institutions exposantes et les artistes se sentent assez payés d’avoir attiré (ou élargi) l’attention sur des travaux qui n’en méritaient peut-être pas tant.

    C’est en tenant compte de ce contexte qu’il faut mesurer les menaces qui pèsent sur les œuvres des constructeurs de rêves individuels tels que Raymond Isidore. L’ignorance à leur sujet a reculé et avec elle l’hostilité collective aux expressions originales. Mais un vieux fond d’ostracisme demeure repeint aux couleurs ternes d’un égalitarisme à tendance totalitariste. De ce point de vue la montée des prix sur le marché des créations autodidactes fonctionne comme un facteur aggravant d’une certaine jalousie niveleuse (c’est cher donc je détruis) ou socialement narcissique (c’est connu donc j’y porte ma griffe prédatrice).

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  • L’utopie topiaire de Wakamiya-san

    Wakamiya-san et son art topiaire sont venus comme un cadeau au pied de notre sapin interstiCiel. Par la grâce d’une fée des mousses et des lichens qui écrit à notre vieille Animula: « je rentre du Japon et j’ai eu la chance de passer près des topiaires que vous êtes la seule personne à avoir signalés ».

    Claude Lerat-Gentet, pédiatre de son état est aussi « une fondue de botanique et de voyages lointains » dont l’œil et l’APN sont toujours « prêts à tout pour capter paysages, animaux, fleurs et arbres ».

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    En novembre 2016, « lors d’un voyage au Japon (…) dans la région de Kyushu, endroit magnifique avec de beaux Onsen » elle a « eu un choc émotionnel très inattendu : un paysage fantastique digne d’un conte (…) a surgi le long de la lande bordant la route ». Des « topiaires d’animaux et d’oiseaux par centaines».

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    Et notre naturaliste émérite d’ajouter : « (…) lieu étrange et énigmatique et aussi fantômatique dans les brumes du petit matin ». Près d’une « petite ville d’eaux bouillonnantes (…) dans la direction du Mont Aso. Le GPS de notre Toyota n’a donné aucun nom à notre guide francophone et maîtrisant le japonais ».

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    Sur Wakamiya-san, l’auteur de cet endroit magique combinant patience, prouesse technique et génie du lieu, Claude a fini par glaner quelques renseignements en se livrant à « une longue et fastidieuse recherche sur internet ».

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    Ce vieil homme souriant de 76 ans s’affaire sans relâche à soigner son jardin-bestiaire installé dans un gigantesque creux résultant d’une ancienne éruption volcanique.

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    A l’enseigne d’Higotai (du nom d’un parc naturel voisin), une petite boutique de fruits, dont semble s’occuper sa famille.

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    Wakamiya-san, à sa façon toute japonaise, renseigne modestement sur son activité. En « seulement un demi-siècle », il n’a « pas pu faire beaucoup ». Entendez : 50 ans de labeur opiniâtre, 700 sujets dont beaucoup font 2 mètres de haut.

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    Acheter les plants, tordre le fil, modeler les armatures, pendant des mois surveiller la croissance, trouver le lieu propice aux installations dans le vent frais. L’œuvre d’une vie.

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    « Ce personnage étonnant m’a fait penser à un Facteur Cheval du bord des routes » nous dit Claude Lerat-Gentet et pour une fois la comparaison est justifiée. Même si, bien sûr, Monsieur Wakamiya nourrit son inspiration de références populaires locales, telles Kumomon, l’ours mascotte de la Préfecture de Kumamoto.

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    Facteur Cheval du végétal avec ceci en plus que ce jardin merveilleux, qui pulvérise toute notion convenue de land-art, s’inscrit délibérément sous le signe de l’éphémère. Fusionnant plantes et animaux (parfois mythiques), Wakamiya-san que des compatriotes, épris de contemporéanéisme, ont rapproché de Ueki, personnage de manga, ne saurait avoir de continuateur.

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    « Je pense avec nostalgie à cette œuvre fragile car elle demande beaucoup de soins et d’amour quand leur père disparaitra… Immanence des choses si chère aux Japonais » conclut très bien notre informatrice que l’ii remercie de nous offrir ses photos s’ajoutant à notre collection d’images animuliennes.

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  • Rien de rien

    Lisez Rien ! C’est le conseil de Béatrice Steiner en écho aux papiers qui saluèrent l’entrée du roman d’Emmanuel Venet dans notre monde littéraire d’ordinaire peu concerné par la sensibilité interstiCielle. Venet, il est arrivé aux lecteurs de notre ancien blogue, de le croiser à propos de Gaston Ferdière.

    Il revient sur celui-ci tant il « semble apprécier » - comme le dit Marianne Payot dans L’Express – « les sans-grades, les vies ratées, les rêves de splendeur confrontés aux durs aléas de la vie domestique ».

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    Emmanuel Venet campe un personnage de musicien non illustre dont le « ratage » inspire au narrateur un « sentiment de fraternité ». Qui se sert du piano périra par le piano. C’est donc par le biais de cet instrument, scellant dans le roman le destin du musicien Jean-Germain Gaucher, que Béatrice Steiner -psychiatre comme l’auteur- a choisi de poursuivre la réflexion.

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    Un piano fracassant

    Les déménageurs étaient ils seulement maladroits ? Toujours est-il que, leur échappant du haut de l’escalier, le piano s’est écrasé en contrebas sur le pianiste, par ailleurs déjà écrasé de dettes. Des dettes que le piano justement devait rembourser.

    Après le fracas meurtrier, restent ses débris, dignes de figurer au Musée de l’ombre des Illusions sur mesure de Gérard Macé. Les débris d’une biographie de fiction, celle de Jean-Germain Gaucher, musicien, compositeur dont la postérité a dédaigné, à juste titre semble-t-il, les petits arrangements médiocres qu’un superbe poème symphonique, à ses débuts, ne laissait pas prévoir. Mais auquel il a manqué un assentiment « paternel » qui l’aurait validé.

    Alors, céder à la facilité en hypothéquant son désir, brader son talent pour le rentabiliser, n’empêche nullement d’en garder l’illusion. Surtout quand l’élan amoureux y mêle ses harmoniques – découragé à la première dissonance. Faute de père, un beau-père ? Et sa fille, qu’il épouse, ignorant sans doute qu’elle aurait ce mauvais rôle. Elle qui finit de disperser les restes fatigués de ses élans au vent du commerce. Celui qu’elle ouvrira enfin dans le confort d’un rêve qui se réalise quand les déménageurs lui offriront la mort du désir – remboursée par l’assurance.

    Victoire de l’ennui et du magasin des accessoires. De la musique, que reste-t-il ? Silence. Du désir que reste-t-il ? Rien.

    D’où les déménageurs tenaient-ils ce savoir assassin ? Qu’il y a des dettes qu’aucun piano ne pourrait rembourser – ni Rienl'internationale intersticielle,emmanuel venet,béatrice steiner,gérard macé,marianne payot,jean-germain gaucher

     

     

     


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  • A la Plante du Songe

     «Nous n’admettions de solutions que celles du délire,

    nous ne demandions de mots d’ordre qu’au génie»

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    Alexandre Vialatte

    Les Amants de Mata-Hari

     Le Dilettante (2005), page 26.

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