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Hommes non illustres

  • Art rebelle : do it !

    La rébellion se cultive. Non comme les salades dont on nous gave à coups de pesticides médiatiques. Mais par la seule force bio du bon vieux DIY. Rebel Rebel, à première vue ça ne nous rajeunit pas mais ça fait salon aujourd’hui.

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    Comme à Marseille où le FRAC PACA s’est paré en octobre dernier du bandeau de pirate cher à David Bowie.

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    « Rebel rebel, you’ve torn your dress » : facile à dire mais pas facile à faire dans un défilé d’art contemporain pur laine !

    Une publication réalisée pour l’occasion par Seitoung tire cependant son épingle de ce jeu officiel. 100 % Do It Yourself, ce recueil d’un artiste au service du fanzinart depuis 1984, rassemble 52 manifestes pour un art rebelle.

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    Inspirés (entre autres) par les idées de Istvan Kantor, Vihls, Antony Squizzato, Laura Morsch-Kihn et Orlan (en figure de proue), ces textes percutants et drôles, indisciplinés et informés semblent rédigés par Melayne Seitoung lui-même.

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    A l’exception bien sûr de l’à propos de l’Internationale interstiCielle qui, en invité reconnaissant, joue son rôle de cheveu sur une soupe déjà riche en ingrédients.

    Tout cela, diront certains, n’est pas limpide mais il ne manquerait plus qu’on s’y retrouve ! Un peu d’obscurité ne nuit pas au message. Il suffit de se ménager une entrée dans le corpus rebelle.

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    Celle du Zinewallisme par exemple montre combien Seitoung, dans ses activités éditoriales, a conscience de se mouvoir sur un fil interstiCiel : « Le monde de l’art veut mettre les fanzines dans des musées, des collections, derrière des vitrines et celui d’Internet les veut numérisés et partagés par le plus grand nombre. Aucune de ces deux attitudes n’incarne la radicalité des objets eux-mêmes. Ce paradoxe est dépassé par le zinewall ».

    Happy few, n’attendez donc pas pour accrocher les 52 manifestes sur votre mur de zines ! Suivant les lois du genre, le tirage est très restreint. Ce livre, marqué au coin d’un ludisme élégant mais pensé, nous épargne l’autodérision élitiste qui caractérise les pesanteurs pataphysiques.

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    On y frôle cependant (sans jamais tomber dans l’un ou l’autre) l’oupeimpo, fluxus, l’actionnisme viennois, l’institut du vandalisme et le jeu du piment. Le lecteur peut ainsi picorer à sa guise :

    le toyisme

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    le sloganisme

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    l’art savon, le sismo-art

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    le kid-art 

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    le post-Art Brut singulier 

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    le ratisme ou bad art.

    cecilia jimenez.jpgToutes choses basées sur la saturation graphique de l’espace, l’agitation, le détournement des codes et traditions. Sous l’apparence d’une anthologie de manifestes, le fanzine de Seitoung propose une typologie de pratiques artistiques contemporaines, hyper spontanées, énervées, urticantes et collectives, conscientes ou non. Plus ou moins subversives, sur une échelle de 1 à 10 petites bombes en tête de page.

    sommaire 52.JPG« De quoi devenir un artiste rebelle en moins d'un an »

    Rien moins.

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  • Enluminures provençales

    D’Augustin Gonfond (1849-1909), agriculteur provençal et miniaturiste autodidacte, on sait peu de choses. Sinon qu’il fut porté par la vague néo-gothique qui déferla sur l’Europe jusqu’à l’époque victorienne. Ce style troubadour se propagea dans les arts décoratifs avant d’être supplanté par le japonisme. Dans l’univers du livre, ce goût pour les ambiances moyenâgeuses ne concerne pas que la chose imprimée. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, l’art médiéval de l’enluminure connaît un renouveau tel que des peintres non professionnels, animés d’une foi populaire et d’un réel talent naïf, s’emparent de ses techniques.

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    Augustin Gonfond et son épouse peints par lui-même

    On ignore comment Augustin Gonfond assimila celles-ci. Sans doute sa scolarité chez les Frères à Saint-Rémy puis au Petit séminaire d’Avignon y est-elle pour quelque chose. On pense qu’il s’inspira dans son travail d’anciennes gravures. Toujours est-il que, dans son œuvre constituée de 4 livres enluminés et de tableaux biographiques finement calligraphiés et ornés sur vélin, Gonfond, s’écartant du troupeau des simples pasticheurs des moines-copistes du XIVe siècle, fait preuve d’une originalité certaine.

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    Une publication (encore disponible) du Musée des Alpilles qui conserve et montre l’essentiel de Gonfond analyse celle-ci en détail : usage du provençal aussi bien que du français et du latin, luxuriance décorative

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    sens du quotidien (maisons, costumes)

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    représentations de lieux précis (les ruines des Antiques, la collégiale)

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    attention à la flore et à la faune…

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    Si les enluminures des livres de Gonfond semblent parfois trop tributaires du modèle des images pieuses, il excelle dans le renouvellement de la décoration marginale. Fruit de la patience et de l’habileté, le monde enluminé d’Augustin Gonfond pétille là d’une inventivité qui mêle fantaisie et tératologie.

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    C’est qu’il passe par le filtre poétique d’une conscience malheureuse. La mortalité infantile, courante à son époque, n’épargna pas la famille de l’artiste. « En neuf ans, entre 1886 et 1894, il perd ses trois filles (…) emportées l’une après l’autre par la maladie à l’âge de 6, de 5 et de 16 ans. (…) Les travaux les plus émouvants d’Augustin Gonfond sont les tableaux qu’il composa à leur mémoire : portrait, mèches de cheveux et histoire de leur vie (…). Tout en célébrant les courtes existences de ses enfants, Gonfond nous parle de lui, nous dit ses convictions profondes » (Evelyne Duret, opus cité).

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    On ne s’étonnera pas que ces croyances soient celles du conservatisme catholique à la veille de la Loi de séparation des Églises et de l’État (1905). Attaché à ce terreau des valeurs du passé, Augustin Gonfond ne peut cependant s’empêcher de loucher – fût-ce pour la brocarder – vers ce marqueur de modernité : la Tour Eiffel.

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  • Une deltheillerie

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    Un château, une vieille église et la Blanquette de Limoux, Pieusse est un village de l’Aude qui, en matière de patrimoine, ne fait pas exception à la règle.

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    Son principal titre de gloire c’est qu’il marqua de son empreinte Joseph Delteil qui dort maintenant dans son cimetière.

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    Pas mal de choses historiques et touristiques ont été dites sur Pieusse mais il faut lire les écrivains, spécialement ceux à la moustache en brosse sous un nez subtil comme celui de Joseph Delteil.

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    Dans l’un de ses Textes inédits (intitulé Le Rêve) publié par Robert Briatte dans la Collection Qui êtes-vous ? à La Manufacture en 1988, Delteil au sortir d’une généralité sur les forains (« ils sont partout, ils sont au fond de l’homme ») pique notre curiosité en bifurquant sur le curé de Pieusse.

    Pas un ecclésiatique ordinaire cet abbé Coste! Impossible de dénicher son prénom. C’est à peine si l’on sait qu’il installa en 1866 l’orgue de Saint-Genest. Mais Delteil le salue « du balcon de ce monde moderne » pour une raison qui ne peut que nous intéresser : une œuvre. « Une seule œuvre » à laquelle cette « âme ingénue et superbe » a consacré « quatorze cent soixante beaux jours pleins ». Pas un château, pas une église, pas une vigne mais un livre. Unique et enluminé. Non pas une œuvre de l’esprit mais « une œuvre du cœur ».

    Delteil eut le privilège de tenir entre les mains ce missel réalisé avec une ferveur et une patience comparables à celles des miniaturistes médiévaux. Il nous en parle, emporté par son style inimitable, avec des accents qui nous font regretter de n’avoir trouvé aucune reproduction de ce travail où il ne fallait pas chercher « des théories esthétiques ou le signe fulgurant des dons du génie. mais tout simplement une application paradisiaque (…), un tour de main tout proche du monde végétal, le jeu enfin d’une âme foraine, avec ses trésors de pudeur et de joie (…) ».

    Retour aux forains et fin de la digression. Le temps pour nous de clore cette note qui se voudrait bouteille à la mer interstiCielle. Si l’un de nos lecteurs nous apportait soudain une image du Missel Coste ? Ce serait le rêve.

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  • Un Diogène breton

    couv ruban.jpgDénouer Le Ruban au cou d’Olympia au fil des 288 pages de l’édition Gallimard de 1981 c’est par exemple, à la 95e, faire la rencontre de Tanguy. Non le peintre du même nom mais un ouvrier agricole, une sorte de clochard.

    « Terreuse plus que pierreuse », tels sont les mots qui viennent à Michel Leiris pour évoquer la « tanière » de cet aide jardinier breton, jaloux de sa liberté, alcoolique et réfractaire.

    A l’auteur de L’Afrique fantôme, elle inspire cette relation presque ethnologique : « Ce n’est pas une gaine de pierre qu’il avait pour lit mais une sorte de terrier, trouvé tout fait et juste à sa mesure, dans lequel il s’enfournait tout habillé, après s’être enveloppé de papier journal quand l’hiver l’obligeait à se protéger du froid. Un vieux vélo, quelques ustensiles de cuisine, un tas de bois préparé pour le chauffage en plein vent, ainsi que le paquet de vieux journaux et d’illustrés composant ce qu’il appelait sa bibliothèque – tel était à peu près le matériel dont disposait ce Diogène ».

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  • Joseph Barbiero chez les Gaulois

    Joseph Barbiero vaut le détour. Le détour par Montans, près Gaillac dans le Tarn. Jusqu'au 18 septembre 2O17, l'Archéosite de ce village potier du temps des Gaulois abrite une exposition croisant les regards de l'Art et de l'Archéologie.

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    Dialogue par dessus les siècles entre des sculptures antiques et les pierres de Volvic sorties toutes vives de l'imagination et du burin de Joseph Barbiero, maçon-bricoleur au look de jardinier dont le talent artistique fut repéré et célébré dès 1983 par l'antiquaire-poète Jean Lelong.

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    Depuis 1985, date de sa première exposition à Vic-le Comte dans le Puy-de-Dôme, il n'est pas fréquent de croiser les œuvres de Barbiero. La dernière fois c'était pour nous en 2011 à Paris. Aussi cela vaut-il la peine de quitter l'A68 un moment pour découvrir les 11 pierres prêtées à Montans cet été par la famille du sage et volontaire Barbiero.

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    Elles sont accompagnées de photographies de Jean-Paul Cieutat qui se veut "passeur d'images", révélateur d’un héritage (...) venu du fin fond de l'humanité pour nous dire, à nous hommes modernes, que nous sommes tous issus d'une même matrice".

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    Cette phrase est extraite du livret-catalogue de cette exposition conçue par Fany Maury et Jean-Marc Ferrandon qui ont le mérite de mettre en évidence une résonnance esthétique dont Jean-Louis Lanoux, dans un article paru dans la revue Plein Chant (L'Itinéraire volcanique d'un Gaulois vénitien) témoignait en 1992.

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    Fort émouvante aussi une vidéo qui passe en boucle issue des archives de l'INA. Barbiero interviewé parle de ses "bricoles". Elle date de 1985. Quand le journaliste l'interroge sur la création à 85 ans, Joseph réfléchit et rectifie posément : "84 ".

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    Il disposa encore de 6 ans pour griffer, gratter, entailler, sculpter et dessiner sur des cartons de boîtes de biscottes.

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  • Ponny soleil sauvage

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    Visages Villages : Ponny de Reillanne. Seuls ceux qui n’ont rien compris au Film InterstiCiel se sont abstenus d’aller voir le nouveau documentaire d’Agnès Varda et de JR son agile compère, photographe-colleur de rue.

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    En Provence où il fut tourné en partie, VV a fait la une des journaux.

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    Et sur le Net on trouve tout sur lui, y compris une goûteuse bande annonce pour mettre en appétit les retardataires.

    Ne pas rater cependant la dernière séance. A La Manutention d’Avignon, il passe encore en cette fin juillet 2017.

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    La chronique de la Gazette Utopia, distribuée sur la ville, se termine par des mots qui donnent envie d’excursions dans le Luberon. Ce sont ceux de Ponny, « artiste méconnu et haut en couleurs » qui fait une apparition remarquable dans le film : « Je suis né à l’ombre d’une étoile. Ma mère la lune m’a donné sa fraîcheur. Mon père le soleil, sa chaleur. Et l’univers pour y habiter».

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    Le succès du tournage à Reillane, village perché à l’écart sur la route d’Apt à Forcalquier, est loin d’avoir monté à la tête de ce personnage qui « a des muscles dans les  rides », comme JR le dit d’Agnès.

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    Photo JR

    Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il demeure caché. A l’office du tourisme, on vend 3 cartes postales de son Capsulistan.

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    La dame au léger accent anglais, qui renseigne gentiment les curieux, a beau localiser sur un plan l’endroit où - croit-elle -réside l’homme aux assemblages colorés, on erre, une fois sur place.

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    Après le cimetière, un chemin en surplomb d’une jungle végétale mais aucun sentier pour y descendre. Pas même l’indice du passage régulier d’un homme. D’ailleurs est-ce là ? Rien n’est moins sûr.

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    h invisible.jpgOn n’aperçoit rien du domaine sans téléphone ni électricité de Ponny. Décevant ? Non. Une telle discrétion plaide pour l’authenticité de ce personnage. Elle mérite d’être respectée. Comme les bandelettes de l’homme invisible.

     

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  • Cyclo Djino

    Croiser Djino dans le Marais c’est à la portée de tous. Ce matin c’était sur une courte scène à l’intersection de rues vénérables où déambule le monde entier. Les Rosiers, la Vieille-du-Temple et cette Sainte-Croix de la Bretonnerie qui fait semblant d’évoquer Rétif.

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    On le photographie, ça oui, le Taxi Djino. Vélo à hélices et engrenages avec chinoiseries et boules d’or. Beaubourg n’est pas loin et le spectacle de rue monnaie courante. On n’en ressent pas moins un petit frisson d’interstiCiel qui passe.

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    Djino a beau s’inscrire dans une tradition cycliste de figures parisiennes dont Mouna avant notre siècle fut un fleuron barbu, il émane trop de plaisir à être et de bonheur au bricolage de sa personne pour qu’on ne lui décerne pas son diplôme de créateur. Il le mérite : « il a fait des études » dit-il malicieusement. De « compagnon maçon » consent-il à préciser. Et nous regardons, lui et nous, ses mains rugueuses-intelligentes à ce moment là. Les gens le photographient. Sarouel multicolore, casque de cuir mi-sport mi-baroud, gilet afghan de la pampa : son dandysme ne passe pas inaperçu.

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    Même dans ce quartier voué à la mode et aux excentricités. Les gens le photographient encore. Beaucoup lui parlent mais peu vraiment. Aux paroles à la sauvette, il renvoie la balle de son sourire de vieux pirate habitué à protéger le trésor de son intimité. Personnage public, on sait peu de choses de lui. A peine ranime-t-il de temps à autres la bougie qui vacille dans sa lanterne.

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  • Joseph Giraudo : une année lumière

    Dernières nouvelles de Giraudo.

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    Juste un an après la révélation sur notre blogue, sous la plume de Sophie Roussel, de ses curieux rouleaux de calculs vertigineux, nous apprenons que cette œuvre tout à fait interstiCielle vient de rejoindre une collection d’envergure.

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  • La folie arctique

    l'internationale intersticielle,emile petitot,pierre déléage,pierre boucheron,zones sensibles,anthropologie linguistiqueZones sensibles ramène dans nos filets interstiCiels Émile Petitot, ethnologue à la limite du délire. Petitot, nous en avons parlé déjà l’année dernière parce qu’il nous semblait injustement oublié.

     

    Voilà qu’un professeur au Collège de France, Pierre Boucheron, dans un article du Monde des livres du 2 juin 2017, en souligne à son tour l’existence. En chroniquant sur La Folie arctique, le livre de Pierre Deléage, anthropologue à l’écoute des rituels prophétiques et chamaniques des Amérindiens.

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    L’éditeur de cet ouvrage biographique consacré à notre savant-missionnaire, sage et fou à la fois, est une nouvelle maison belge de Bruxelles qui se consacre aux sciences de l’homme. On lira avec profit son Manifeste où elle éclaire sa voie située entre « gros » et « petits » (éditeurs).

    Pierre Boucheron, pour sa part, en fait l’éloge : « Les ouvrages de l’éditeur Zones sensibles sont de ces objets qui font aimer le papier; leurs couvertures (…) renferment le plus souvent des textes singuliers, rugueux et risqués, élargissant notre expérience du monde ».

    Tout ce qu’on aime.

    Suivons donc Pierre Deléage sur la piste d’Émile Petitot qui eut pour informateur Peau-de-Lièvre, une chamane du nord-ouest du Canada. Il se passionna si fort pour les Dénés dont il étudia la langue qu’il finit par penser que ces indiens « devaient être considérés comme les descendants des Hébreux de l’Ancien Testament ». Suivant en cela (sans le vouloir ou le savoir) un mythe des plus européens puisque cette théorie de la tribu perdue d’Israël fut en usage chez les Juifs d’Amsterdam au 17e siècle.

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    Paradoxalement Petitot, qui fréquenta l’asile d’aliénés de Longue-Pointe à Montréal en 1882, semble s’être prémuni des ravages de la haute folie par ses constructions délirantes elles-mêmes. Le fait est qu’il parvint à retourner à la « normalité » de son sacerdoce en France.

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    Cela ne conduit pas moins Deléage à s’interroger « sur les origines délirantes, furieuses et fantasmagoriques de l’anthropologie linguistique (…) » en général

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  • Politesse bien comprise

    l'internationale intersticielle

    Digne du soldat Chvéïk cette rédaction d’un brave écolier de chez nous qui pour sa capacité à caresser dans le sens du poil une magistrale question (Dites pourquoi la politesse est utile à la société) mérite de figurer dans les annales de l’ii.

    La politesse est utile à la société sinon nous n’aurions pas d’amis et nous ne serions pas admis dans les cours de Français, mathématiques, de Gymnastiques, d’anglais, etc… Si nous n’étions pas poli les surveillants nous coleraient, nous gronderaient et nous donneraient des punitions tout le temps. Si nous n’étions pas poli on nous traiterez de voyous et nous ne trouverions pas de travail plus tard. La Politesse sert à se faire des amis, la Politesse sert aussi à ce que les proffesseurs ne nous grondent pas quand on fait une petite bêtise. La Politesse sert à n’être pas pauvre plus, tard, car quand on est impoli on n’a pas déducation et l’on ne travaille pas on n’a pas d’argent et quand on a pas d’ag argent on est pauvre . Si on n’est pas très poli on est connu. La politesse sert c’est comme la sagesse, la bonté et la gentilesse

    Transcrit d’une feuille de classeur perforée, format 17 X 22 cm, à lignes apparentes. L’auteur, un certain Bruno, écrit fort lisiblement et respecte scrupuleusement la ligne rouge de la marge. Son manuscrit semble dater des années soixante du vingtième siècle. (extrait)

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  • Alexis le Surcheval

    En marche devenu le mot du jour, l’ii pense aux marcheurs. Elle n’a eu que quelques pas à faire pour retrouver la trace de l’un d’eux. Quelques pas vers sa bibliothèque où dormait le mince catalogue d’une exposition du Musée régional Laure Conan, ancêtre du Musée de Charlevoix à La Malbaie-Pointe-au-Pic. Exposition consacrée en 1981 à trois héros populaires québecois du début du vingtième siècle dont Le Trotteur Alexis Lapointe (1860-1924).

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    Comme le Petit Hans, le patient du Dr Freud, Alexis entretient avec le cheval un rapport privilégié. Mais si Hans avait une phobie de l’animal, Alexis, très jeune, s’efforça d’imiter celui-ci. Certains diront que c’est pareil. D’autant que des coups de fouet viennent renforcer le parallèle entre les deux garçons. Ceux que Hans vit administrer à un cheval par un cocher. Ceux dont Alexis se gratifiait lui-même avant d’entreprendre une de ces courses qui le rendirent mémorable dans son pays. Grand voyageur, Alexis Lapointe, qui fabriquait pour vivre des fours à pain, parcourait la vallée de la Matapédia et la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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    Le Musée d’Histoire du lac-Saint-Jean d’Alma lui a d’ailleurs rendu hommage en 1999 en le qualifiant d’athlète-centaure. Car c’est surtout pour ses exploits physiques, plus encore que pour ses qualités d’amuseur public et de musicien itinérant qu’Alexis le Surcheval a mérité la notoriété. Alexis adorait se mesurer à la course avec des chevaux mais il courait aussi contre des automobiles et même des trains. Sa fin tragique – il mourut dans un accident du travail sur un chantier ferroviaire – fut d’ailleurs ajoutée à sa légende.

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    Coutumier de bonds prodigieux, Alexis Lapointe savait transposer son labeur en activité dyonisiaque. « Plutôt qu’avec ses mains, il piétinait la glaise de ses fours en dansant » relate Serge Gauthier, auteur du catalogue du Musée Laure Conan. Ce détail et le fait qu’Alexis, enfant, aimait à faire imaginairement courir des chevaux de bois qu’il fabriquait lui-même attestent chez cet original (qui ne se fixa jamais) une conduite artistique ingénue. L’exemple du grand Arthur Cravan n’est-il pas là pour nous convaincre que l’art et le sport peuvent se confondre ?

    Formidable marcheur qu’Alexis Lapointe. Marcheur contre son père. Son père qui ne le trouvait pas « assez fin » pour l’accompagner sur un bateau en partance pour Chicoutimi. L’ethnologue Marius Barbeau a relaté comment, trottant à travers bois durant 140 km, Alexis réussit à devancer l’auteur de ses jours. Non sans avoir pris soin auparavant de se fesser lui-même d’une badine soit-disant pour stimuler ses muscles.

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    Retour au Petit Hans. Rattraper-dépasser le père (fouettard ?). Se pourrait-il qu’on marche toujours contre son père ? Dans le doute, « marchons, marchons » comme dirait Rouget de Lisle.

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  • L’enraciné Abbé Aymon

    Célébrons l’Abbé Aymon. Les merveilles de la nature à l’ombre de la croix : une telle promesse a de quoi nourrir la perplexité de l’automobiliste qui traverse un village de l’Indre en 1994. A fortiori si la croix est rouge. Et qu’elle se détache sur une façade blanche comme la blouse d’une infirmière. A fortiori si une pancarte au pied de la porte de la boutique fait état de chefs d’œuvre de racines à voir et à revoir.

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    Fût-on athée comme une souche, rancunier comme une mule du pape à l’égard des membres du clergé, on ne pouvait que plaider pour cette paroisse.

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    l'internationale intersticielle,André Aymon,Thevet Saint-Julien,racines

    La paroisse rurale de ces faiseurs de miracles -ensoutanés ou non- qui ont de l’art au bout des doigts. On pénétrait au centre de celle-ci qui mêlait si facilement bréviaire et De natura rerum par trois degrés de pierre alors salpêtrées.

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    Curieux du zoo bizarre qu’on apercevait derrière des vitres plus ou moins translucides. 250 animaux et personnages se pressaient là, on voulait bien le croire.

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    Mais la porte était fermée. Il fallait attendre -innocente initiation- le concours de Georges, un voisin qui veillait sur le lieu. Il ne tardait pas.

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    Il y a 23 ans, c’est à dire 7 ans après la disparition de André Aymon (1903-1987), le souvenir de ce drôle de curé était encore vif à Thevet Saint-Julien, commune du centre de la France. Inventeur, bricoleur, sculpteur, lève-tôt, évadé pendant la guerre…

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    Georges se faisait l’écho des anecdotes de ses concitoyens. C’est que l’Abbé Aymon avait tout ce qu’il fallait pour entrer dans leur modeste Légende dorée. Avec son nom de chanson de geste. Avec son église dont il avait 45 ans durant ouvragé les portes, décoré les piliers et les balustrades. Dans un style d’imagier réservé dans nos campagnes à des travaux de moindre ampleur (boîtes, cannes, coffres etc.).

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    Fils de menuisier, Aymon était tombé dans le bénitier des travaux d’art à 9 ans. « J’ai volé une planche de l’atelier pour la sculpter et je lui ai fait un cadre avec une branche d’églantine » confiait-il à l’un de ces journalistes dont il n’aimait guère qu’ils viennent l’embêter « pour mettre des articles sur les journaux ».

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    Sagement André Aymon faisait la part du feu. Si, malgré son originalité, son église témoignait de son adaptation sociale, son centre paroissial pactisait avec des forces radicalement individuelles.

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    Puisant ses matériaux au bord de L’Igneraie, la petite rivière qui baigne une dizaine de localités de la région, il y discernait des formes qu’il aidait à naître par des interventions plus ou moins légères.

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    Avec une sorte d’intuition hallucinatoire qui n’est pas sans faire penser aux Légendes rustiques récoltées dans le Berry par Maurice Sand.

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    De ce point de vue, la scénographie sauvage privilégiée par l’abbé dans son centre paroissial (de nos jours devenu musée), avec son apparence de vrac métonymique, ménageait à l’inconscient des voies d’accès.

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  • Inuuk : une expo arlésienne

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    Hiver du bonnet rose. La Provence en polaire. Temps idéal pour la sculpture du grand nord. Présences inuit à Sainte-Anne d’Arles.

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    Adieu les taureaux de l’été. Place à l’ours bleu de Lucy Qinnuayak (1915-1952) du Cap Dorset. Fin, puissant, élégant dans la neige du papier.

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    Les expositions sur l’art inuit sont assez rares en France pour qu’on signale celle-ci qui se tiendra jusqu’au 29 janvier 2017. Inuuk n’a que le défaut d’être courte. Mais elle a le mérite de présenter de belles pièces dans un contexte qui, pour une fois, n’est pas celui de la capitale. Certaines sont anciennes comme ce grappin où la différence entre fonctionnalité et beauté s’abolit.

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    L’exposition Inuuk a bénéficié de plusieurs concours, au premier rang desquels Art Inuit Paris.

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    Un masque d’Alaska, une créature en vertèbre de caribou,

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    un félin en os de baleine et cornes de bœuf musqué,

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    une bête spongieuse et griffue proviennent de la Collection de cette Galerie.

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    D’autres monstres… si tant est qu’on puisse mêler la tératologie à ces transformations magiques où le créateur-chasseur lit dans un os la forme d’un mufle.

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    Appartiennent aussi à la Collection AIP deux œuvres de la féconde période des années 60-7O où les Inuits conservaient encore un lien direct avec une source mentale chamanique.

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    Une loutre en bois de caribou, à la gracilité si fluide. Sedna, déesse légendaire du peuple inuit où nous l’on serait tente, à tort, de voir une sirène.

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    L’originalité de cette exposition arlésienne c’est aussi qu’elle ne s’enferme pas dans le passé. En témoigne les présences réelles de deux artistes inuit qui nous ont fait l’honneur de venir résider momentanément à Arles.

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    Billy Gauthier vient de Happy Valley dans le nord-est du Canada. Bill Nasogaluak est originaire des territoires du nord-ouest. Accoutumés à la concentration, ils oeuvrent en live tout en répondant avec gentillesse aux questions des visiteurs sur l’utilisation des instruments modernes et sur leurs façons d’interpréter les mythes et les traditions.

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  • Drolatique hydraulique

    Drolatique hydraulique.

    Ils sont respectivement boucher en exercice, charpentier à la retraite. Septuagénaire, octogénaire. Mais ça ne leur suffit pas. Entre loisir et pulsion de mise en formes, il a fallu qu’ils expriment l’intelligence de leurs mains, la poésie luxuriante et colorée de leur monde intérieur.

    C’est au Japon où les moulins à eau n’en finissent pas depuis des siècles de faire tourner les esprits. Comme l’écriture de ce pays si loin si proche nous est opaque et que nos traductions sont approximatives, les noms de ces artisans du merveilleux quotidien demeurent pour nous incertains.

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    Akio Onizuka pour le premier. Harumoto pour l’autre.

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    Sous réserves. C’est dans la préfecture de Kagoshima qu’Akio le boucher tiendrait boutique. Le charpentier, quant à lui, résiderait dans la province de Hyogo. Ce n’est pas la porte à côté. Mais on croise leurs créations sur le Net et le monde en est plus léger.

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  • Comment construire une cathédrale

    Les Invraisemblables. C’est dans cette nouvelle collection des éditions Plein Jour que sort le livre de Mark Greene centré sur Justo Gallego Martinez, bâtisseur solitaire (ou presque), d’une chimère de briques qu’il n’achèvera jamais. Comment construire une cathédrale. Sous cette apparence  de guide pratique au titre prometteur, l’ouvrage de l’écrivain franco-américain remonte aux débuts d’une entreprise irraisonnée et hors du temps.

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    Quand Justo, moine-paysan de la région de Madrid, décida il y a soixante ans d’édifier sur son champ ce qui allait devenir le plus grand work in progress d’Espagne après la Sagrada Familia.

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    Il n’y avait alors aucun Gaudi pour les nuls. Justo, sans plan, sans expérience d’architecte ou de maçon dut tout apprendre par lui-même et par des lectures disparates. Au fur et à mesure qu’il réalisait son œuvre. On sait cela. La toile est pleine des exploits don quichottesques de ce personnage à la poursuite obstinée de son idée.

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    Le livre de Greene nous apporte bien autre chose que ces faits curieux dont se contentent souvent ceux qui considèrent la vie et l’œuvre des autodidactes inspirés comme un palliatif  à leur imagination défaillante. Précisément parce que l’auteur n’hésite pas à parler de lui ou de son père photographe qui renonça à la photographie. Passés par le filtre de sa sensibilité et de son histoire, l’œuvre et le destin de Justo Gallego nous deviennent plus intelligibles. C’est peut être ce que les éditeurs de ce récit, désignent comme «une divagation romanesque incarnée dans ce héros de l’acte absurde (…) ».


    La portée de ce livre d’une densité multiforme malgré sa petite centaine de pages, tient surtout au parallèle qu’il esquisse entre la construction de Gallego et l’écriture de Greene. Habilement, sans fausse humilité ni outrecuidance, Greene règle son pas sur le sujet de son étude. Ne demandant pas plus à la création que ce que Gallego lui a demandé : avancer, avancer toujours.

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    Une brique, une phrase, en appelant une autre. En cette rentrée littéraire 2016 où la tendance est au  « cosmopolitisme », il est réconfortant de rencontrer un écrivain comme Mark Greene, né à Madrid et hispanisant, qui ne craint pas de dire : « Je ne voyage presque pas (…) ». Cela nous rappelle le Levi-Strauss de Tristes tropiques qui se désolidarisait des explorateurs.

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    On croise d’autres people dans le récit de Mark Greene : Samuel Beckett qui attend l’autobus, Maria de Jesus de Agreda, mystique favorite de Gallego, le Péruvien Manuel Scorza, victime d’un accident d’avion près de la Cathédrale. Siméon le Stylite aussi comme dans un film de Luis Bunuel.

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    Affleure dans le texte de Greene une structure picaresque dont les morceaux de bravoure sont le voyage avorté de Justo à Jérusalem et l’émouvant chapitre où Justo en équilibre précaire sur un échafaudage passe toute une nuit à attendre le secours d’Angel (son auxiliaire).

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    Une façon très efficace de suspendre le lecteur au fil de ce récit.

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