Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les mots pour le dire

  • Oscar Wilde vu par Johnny Rotten

    « Le truc qui m’a incité à me pencher sur ses livres, c’est ça : sur son lit de mort, il aurait déclaré "cette tapisserie est hideuse. L’un de nous doit mourir" ».

    OscarWilde.jpg

    Propos recueilli en 2014 par Richard Gaitet dans une interview pour Radio Nova à l’occasion de la sortie de La Rage est mon énergie, autobiographie de John Lydon (alias Johnny Rotten)

    La-rage-est-mon-energie.jpg

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire, Poignées d'humour 1 commentaire Imprimer
  • Sabatrion réédité

    Le Sabatrion Du Lérot est arrivé. Le temps passe et les bonnes idées parfois se réalisent. Il y a près de 10 ans, dans une autre vie, sur un autre blogue (Animula Vagula), il nous fut donné d’attirer l’attention sur ce texte en tous points étrange et à bien des égards « interstiCiel » avant la lettre.

    Dans sa note intitulée Sabatrion un prince du néant notre camarade Ani appelait de ses vœux une réédition de cette nouvelle de Théophile Briant parue en 1938 et difficilement trouvable de nos jours. Voici Ani comblée aujourd’hui grâce à l’heureuse initiative de Du Lérot éditeur.

    l'internationale intersticielle,théophile briant,sabatrion,editions du lérot,dominique bodinanimula vagula

    Son récent catalogue de livres d’occasion (octobre 2018) –car Jean-Paul Louis qui dirige la maison avec son fils Etienne est aussi libraire– précise que cette nouvelle édition a été réalisée « dans sa présentation d’origine ». Il nous apprend d’autre part que Céline appelait Briant « mon vieux Sabatrion », ce qui n’est pas rien.

    Dans sa version de base le Sabatrion Du Lérot ne coûte que 15 €. La quatrième de couverture renseigne le lecteur sur ce qui l’attend

    4e de couv sabatrion-de-theophile-briant-.jpg

    « Fin 1936. Un médecin aliéniste exhume le journal intime de Sabatrion, un interné se prenant pour le diable (…). Il découvre alors une chronique terrifiante - sorte d’Apocalypse inversée (…).

    Theophile-Briant.jpg

    D’une guerre à l’autre, dans cet hallucinant pamphlet des derniers temps, (…) Théophile Briant (1891-1956), gardien d’un phare en occident (…), nous livre un texte saisissant, aux accents prophétiques, sur l’homme et sur son rapport à la modernité ».

    Pour les lecteurs qui aiment leur confort, il existe une version collector imprimée sur un papier de qualité supérieure. Elle est forcément un peu plus chère (pas trop) mais elle n’a été réalisée qu’à 25 exemplaires.

    serpent.jpg

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire, Littérature limoneuse 3 commentaires Imprimer
  • Si peu

    De Si peu, poème en prose de Jean Grosjean, paru en 2001 :

    « Nos libertés sont les ruissellements de l’instinct ou de la mode. Nos pensées sont des éponges imbibées de culture et de propagande. Chacun n’est soi et friable que par instants, à l’insu du train de ce monde. »

    Grosjean-Jean-Si-Peu.jpg

    Et puis, dans la même section intitulée Le Silence, ceci qui n’est pas mal non plus :

    « Et il y a les guerres comme si elles voulaient dire quelque chose, et les dieux des peuples comme autant d’imbécillités statufiées, encensées, tedeumisées (*). Plutôt rester sauvage. »

    (*) de Te Deum (hymne en latin)

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire, Valeurs sauvages 1 commentaire Imprimer
  • La tarentule du modernisme

    « Mon concierge possédait un tableau à musique. Lorsque la petite horloge, incrustée dans le clocher que vous imaginez, marquait midi, un ingénieux carillon, dissimulé derrière la toile, jouait : Ah ! vous dirais-je maman C’était très drôle. Tous les visiteurs ne manquaient jamais de s’émerveiller.

    tableau carillon.jpg

    Or, il y a un mois, mon concierge fut, lui aussi, piqué de la tarentule du modernisme artistique. Il fit repeindre son tableau par un élève de M. Signac. Il fit changer le mécanisme du carillon. Aujourd’hui le clocher s’érige dans une pluie de petits pains à cacheter multicolores, et quand l’horloge marque midi, le nouveau carillon joue La Chevauchée des Walkyries. »

    l'internationale intersticielle,albert aurier,critique d'art,modernismel'internationale intersticielle,albert aurier,critique d'art,modernisme

    Albert Aurier

    Le Faux dilettantisme.

    In Textes critiques 1889-1892.

    De l’Impressionnisme au Symbolisme.

     

    Lien permanent Catégories : Flonflons, Fragments, Hommes non illustres, Kitschounet, Les carottes sont cuites, Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer
  • Être & Vivre en mai

    Retour de mai, la parole aux murs. Rien de tel que René Char pour les poètes casqués. Ainsi ce fragment des Feuillets d’Hypnos (1946) parachuté sur la fête du travail en pleine action : « agir en primitif et prévoir en stratège ».

    agir 1er mai.jpg

    Maxime résistante d’un recueil dédié à Albert Camus.

    couv feuillets.jpgchar camus l'isle 1949.jpg

    René Char (à G) et Albert Camus (à D) en 1949 à l'Isle-sur-la-Sorgue

    Ce qui nous ramène à un autre Homme révolté. Alfred Jarry pour ne pas le nommer. Cinquante ans avant l’existentialisme moderne, celui-ci, dans une surprenante divagation parue dans L’Art Littéraire en 1894, écrit : « L’Anarchie Est ; mais l’idée déchoit qui se résout en acte (…) ».

    portrait_de_alfred_jarry_augustin_grass_mick_1897.jpgcouv etre et vivre.jpg

    Être & Vivre, le titre de cette acrobatie philosophique qui part d’une apologie de l’Être pour se mettre à célébrer le Vivre, son antipode, peut paraître limpide.

    img431.jpgimg432.jpg

    Elle n’en mérite pas moins, dans l’édition en volume de ce petit écrit « profondément superficiel et superficiellement profond » donnée par le Collège de Pataphysique en 1958, préface et notes d’Emmanuel Peillet son fondateur, sous double pseudonymes d’Irénée Louis Sandomir et de Jean-Hugues Sainmont.

    Ceux qui, comme nous, ne comprendraient pas grand chose à ses éclaircissements sur le texte interstiCiel de Jarry pourront toujours se distraire à la lecture des extraits du journal La Lanterne qui lui sont ajoutés. Y sont relatés les exploits de Lesteven, condamné à mort pour son goût trop vif à jeter les femmes par la fenêtre. Saut mortel que cet assassin, ne détestant pas la littérature, finit par s’infliger à lui-même pour couper à la guillotine.

    Et comme c’est bientôt le temps des cerises, n’omettons pas celle qui orne en outre ce gâteau parcimonieusement offert (à 99 privilégiés seulement) par le Collège, sous la forme de 4 photographies de graffiti muraux « puérils et honnêtes ».

    graf 2.jpg

    graf 3.jpg

    Ce qui nous ramène à nos moutons noirs transhumant sur les pavés glissants des rues parisiennes. En attendant la plage.

    moutons.jpeg

    Lien permanent Catégories : Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer
  • Murs murs de Paris

    Du mal à démarrer le matin ? Lisons cette pensée éclose sur le mur d’une université parisienne qui s’est illustrée récemment dans le registre de l’effervescence : « Le monde appartient à ceux et celles qui ne se lèvent pas ».

    Tolbiac photoArchyves.jpg

    Sa voisine a de quoi revigorer un lecteur de L’Internationale interstiCielle: « Moins de barreaux Plus de brèches ».

    Beau programme ! De quoi sécher les larmes de ceux qui chialent sur les « dégâts » des mouvements d’occupation gros producteurs de graffiti. L’image que nous empruntons provient des archyves pagès, un blogue qui se consacre au relevé des inscriptions murales en tous genres. Elle prouve qu’il faut toujours compter avec cette tendance enragée de la jeunesse à confier aux murailles urbaines ce qu'elle a sur la patate.

    Charles_Monselet_autoportrait.jpg« On a, de tout temps, écrit sur les murs » disait Charles Monselet en 1854 dans un petit bouquin intitulé Figurines parisiennes.  Ce journaliste du Second Empire illustre son propos d’exemples qui ressuscitent d’éphémères faits d’expression promis, sans lui, à l’oubli qui suit le ravalement des retour à l’ordre.

    Ainsi le cas de Crédeville. C’était un officier de l’armée de la Loire qui, après 1815, « se réfugia , avec le général Gilly, dans les Cévennes » où il aurait trouvé la mort en combattant les royalistes. Tout Paris, vers 1834, était couvert, selon Monselet, de son nom.

    « On ne pouvait pas faire deux pas sans que ce nom ne vous jaillit aux yeux. Les crédevillistes étaient alors partagés en deux camps : ceux qui écrivaient Crédeville tout court, et ceux qui écrivaient Crédeville voleur ».

    img-2.jpg

    Il faut sans doute voir là une marque de cet esprit de dérision qui animait les habitants de la capitale sous la monarchie de juillet. Dans Le Charivari et les autres journaux satiriques, l’époque était à la poire (caricature de Louis-Philippe) et au gros nez de Bouginier (un malheureux peintre harcelé par ses camarades d’atelier).

    crédeville img-1.jpg

    crédeville img-3.jpg

    crédeville img-6.jpg

    L’anecdote pourtant a un côté plus émouvant qui la rend attachante aujourd’hui.

    « La personne qui traça pour la première fois le nom de Crédeville sur les murs de Paris, ce fut une pauvre marchande de prunes, une aliénée, dont le visage gardait (…) encore des traces de distinction. (…) Avant la chute de l’empereur, elle avait été fiancée à Crédeville, (…) Des revers de fortune, joints à l’ignorance où elle était du sort de son amant, avaient déterminé un ébranlement complet de toutes ses facultés. C’était le désir de retrouver Crédeville qui lui faisait écrire ce nom sur toutes les murailles ».

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Les mots pour le dire 1 commentaire Imprimer
  • Perles de grève

    A grève perlée, perles de grève. 2018 égalera-t-il 1995 sur le plan de la tradition orale? Certes, du XXe siècle finissant au XXIe bien entamé, on est passé du Café du Commerce aux réseaux sociaux. De la légende urbaine aux fakes news. Mais dans les interstiCes de la communication ordinaire des usagers lambda impactés par le conflit social dans les transports, il pourrait se glisser quelques tropismes à la Nathalie Sarraute. En attendant de voir (ou d’entendre), voici quelques rumeurs tirées des archives d’un de nos lecteurs qui les avait glanées -et notées- entre le 24 novembre et le 18 décembre 1995, sous la rubrique On dit que :

    Quelqu’un a appelé un service de coursiers pour dire : « j’ai un colis fragile, moi-même »

    Obligé de dormir chez une cousine obsessionnelle, le même est réveillé toutes les deux heures par le radio-réveil que celle-ci reprogramme régulièrement

    Le SAMU ne pouvant plus passer, des gens seraient morts dans les ambulances

    Il faut faire des provisions

    Le week end calmera les esprits et tout ira mieux lundi

    Tous les jours, un homme vient au boulot sur un vélo que son fils lui loue 50 Frs

    Il n’y a plus d’argent dans les caisses d’épargne

    Sept cheminots sur dix souffriraient de six roses

    Les femmes enceintes avortent dans les embouteillages ou du moins elles ont des contractions

    Les grévistes se plaignent parce qu’ils n’ont pas de moyens de transport pour se rendre au piquet de grève

    Dans une manifestation une voiture de R.P.R. [parti de la droite gaulliste au pouvoir alors] a foncé dans la foule ; un postier a été blessé mais pas grièvement

    Il faudrait que les Allemands reviennent

    Cette année, le Marathon de Paris sera organisé par la S.N.C.F.

    La femme d’un copain c’est sacré même pendant les embouteillages

     

    Note : vingt trois ans s’étant écoulés, il y a naturellement prescription pour ce bêtisier qui risque, dans les jours prochains, d’être actualisé sur la Toile.

     

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire, Souvenirs, souvenirs 0 commentaire Imprimer
  • Æsculape c’est Byzance

    Un curieux dessin polygonal. C’est le titre d’un article paru en décembre 1911 dans le n° 12 d’Æsculape, une revue traitant des sciences, des lettres et des arts dans leurs rapports avec la médecine.

    aesculape.jpg

    Article illustré par un portrait de « genre byzantin » qui a tout de suite rappelé quelque chose à notre camarade Ani. En août 2010 et juin 2013, sur son blogue Animula Vagula, elle avait posté de fantômatiques images visiblement de la même main. Elles étaient dues à une certaine Marie Egoroff.

    Le dessin d’Æsculape émane « d’une dame n’ayant étudié ni le dessin ni la peinture » dont les initiales sont : C.-B. d. l. T. S’agit-il d’un pseudonyme adopté tardivement pour protéger l’anonymat de l’auteur ? Voilà le mystère qui s’épaissit, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Le texte dont l’artiste a accompagné son dessin nous en apprend pas mal sur ce créateur habile à naviguer entre divers courants.

    IMG_20180331_0001.jpg

    C.-B. d. l. T. réfute l’opinion selon laquelle ses dessins auraient été obtenus par la suggestion hypnotique. Plusieurs de ses portraits ont certes été réalisés en présence de psychologues dont Théodore Flournoy, célèbre pour ses travaux avec le medium-artiste Helen Smith (1961-1929). Mais « ces messieurs se sont abstenus de toute intervention ».

    Ne subissant aucune modification de son état de conscience quand elle dessine Madame C.-B. d. l. T. (ou plus vraisemblablement Marie Egoroff) écarte toute idée d’auto-suggestion. Il suffit simplement que sa main « munie d’un crayon (…) se pose sur le papier pour qu’aussitôt » son bras « se mette en mouvement et traces des hachures, des traits d’une finesse extrême, comme burinés (…) ». Il ne faut cependant pas, selon elle, « classer cette médiumnité parmi les cas pathologiques ». La dessinatrice souligne son extraordinaire bonne santé, parle de son « caractère très modéré ». Elle n’est, dit-elle, « ni enthousiaste, ni imaginative » et son humeur « est parfaitement égale ».

    Etrange insistance qui révèle peut-être qu’entre 1894-1898 (dates des œuvres signalées par Animula) et 1911 (date de l’article d’Æsculape) Marie Egoroff a ressenti les inconvénients d’une popularité paranormale. Tout au plus admet-elle que son « don » lui semble « miraculeux ». Elle nous éclaire aussi sur les conditions d’exécution de ses portraits : « en moins d’une heure, souvent même sans regarder pendant plusieurs minutes ce que je fais, sans savoir en tous cas ce que cela va donner jusqu’à la fin ». Fin qui coïncide avec le remplissage total de la feuille.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Les goûts du rat

    Le rat prolifère à Paris.

    Les-rats-envahissent-Paris.jpg

    Entre lui et nous : une vieille affaire de consommation. Dans les périodes grasses, ils nous débarrasse de nos déchets alimentaires. En période maigre, comme pendant le siège de 1870, le Parisien est bien content d’y goûter.

    carte postale marché couleurs.jpg

    Le rat d’égout en raison de sa proximité linguistique avec le ragoût des familles et avec la goutte (un rhumatisme) se prête au jeu de mot.

    le-rat-goutteux-enseigne.jpg

    Subsiste encore à Nantes l’enseigne d’un commerce représentant un rat appuyé sur des béquilles.

    rat goutteux brest.jpg

    A Brest c’est une taverne qui arborait cette image.

    couv.jpg

    Ernest d’Hervilly dans Les Parisiens bizarres, paru en 1885, entretient le souvenir d’un restaurant, « alors solitaire au milieu des vignes » du village de Ménilmontant. Il s’appelait aussi Le Rat-goutteux. « On y allait en foule, il y a trente ans, des faubourgs de Paris déjeuner (…) » écrit l’auteur.

    rue de menilmontant.jpg

    Ce qui nous ramène à peu près au milieu du XIXe siècle. En ce temps là « après déjeuner, on allait voir le Rocher (…) great attraction populaire (…) ».

    C’est ici que notre rubrique ratophile et gastronomique s’élève à l’InterstiCiel. Laissons à d’Hervilly la parole pour la description de cette grotte « stupéfiante pour le regard et pour la pensée » dont nous ignorons s’il en existe des gravures ou des reproductions.

    citation.jpg

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire 1 commentaire Imprimer
  • Huysmans et les vieilles barbes

    Parmi les livres qu’on aimerait posséder, il y a ce : La Voix de Dieu mentionné par Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas (1891). Pas une voix en technicolor et langue de feu pour Les Dix commandements de Cecil B. DeMille ! Une voix familière à l’un de ces hérétiques que Gevingey se plait à évoquer dans la tour de Saint-Sulpice pour les autres personnages du roman : Carhaix, le sonneur, des Hermies, le médecin, Durtal, porte-parole de l’auteur. Citons donc Gevingey, cet expert en astrologie qui eut pour modèle un certain Eugène Ledos, une célébrité dans cette discipline sous le second Empire.

    la-bas.jpg

    « En 1889, un bon fol du nom de David fait paraitre à Angers, une brochure intitulée La Voix de Dieu, dans laquelle il se décerne le modeste titre de Messie unique de l’Esprit Saint Créateur et nous révèle qu’il est entrepreneur de travaux publics et qu’il porte une barbe blonde d’une longueur de 1 mètre 10 ». Respectable record.

    hans nielsen langseth.jpg

    Il fait penser à ces portraits d’allergiques au rasoir qui circulaient en carte postale à la même époque.

    barbu anonyme 2.jpgA Kerpen.jpgbarbu anonyme 4.jpg

    Alistair mac Wilkie.jpg

    duo barbus.jpgbarbu anonyme.jpgbarbu anonyme 5.jpg

    Louis Coulon.jpg

    V Tapley.jpgJ Kerpev.jpgbarbu anonyme 6.jpg

    barbu anonyme 4.jpg

    Huysmans, on le sait, avait pour habitude de se documenter scrupuleusement. Nous ne désespérons donc pas de croiser un jour cet opuscule ou le système pileux de son auteur au coin du Net ou d’une bibliothèque accueillante aux ouvrages interstiCiels de cette espèce.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer
  • Crayonnures pastorales

    Un aérolithe interstiCiel est tombé dans le jardin de fleurs sauvages de l’ii. En provenance d’un blogue qui plane au dessus de nos mêlées. Sylvie Durbec, l’âme discrète et nomade de ce site, souffre - au regard du monde d’aujourd’hui - d’un handicap. Elle ne s’exprime que sur le mode de la plus limpide poésie.

    Une promenade dans la nature (on n’ose plus dire la campagne), la rencontre toute simple d’un chasseur, sont converties par Sylvie Durbec en page d’un journal flâneur et sobrement intime où la sensibilité dont elle fait preuve effleure le temps et les choses.

    Talent évocatoire qui fait penser à Robert Walser, écrivain trop peu lu, dont Durbec est fervente. Walser affectionnait les « crayonnures », textes rédigés en caractères microscopiques difficilement lisibles.

    microscripts enveloppe.jpg

    Sylvie Durbec s’intéresse aux « écritures de pierre ». Qu’elle nous pardonne de lui emprunter l’image de celle-ci qu’elle a rencontrée dans un village oublié dont Giono s’inspira pour son roman Regain.

    inscription2.jpg

    L’un de ces bergers qui occupèrent, jusqu’au milieu du vingtième siècle, les abris pastoraux dont cette pierre sèche provient y graffita sa solitude. On pense au soleil, au vent d’hiver, à la lune et aux Pléïades. C’est beau comme un fragment de Sappho. Une de ces inscriptions antiques que l’on ne peut pas lire mais dont on déchiffre quelques incertaines et émouvantes bribes.

    « Le monde des pierres (…) j’aime (…) où je m’a muserai ».

    Et puis c’est tout.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer
  • Une deltheillerie

    blanquette.jpg

    Un château, une vieille église et la Blanquette de Limoux, Pieusse est un village de l’Aude qui, en matière de patrimoine, ne fait pas exception à la règle.

    delteil plaque Pieusse.jpg

    Son principal titre de gloire c’est qu’il marqua de son empreinte Joseph Delteil qui dort maintenant dans son cimetière.

    delteil tombe.jpg

    Pas mal de choses historiques et touristiques ont été dites sur Pieusse mais il faut lire les écrivains, spécialement ceux à la moustache en brosse sous un nez subtil comme celui de Joseph Delteil.

    joseph delteil couv.jpg

    Dans l’un de ses Textes inédits (intitulé Le Rêve) publié par Robert Briatte dans la Collection Qui êtes-vous ? à La Manufacture en 1988, Delteil au sortir d’une généralité sur les forains (« ils sont partout, ils sont au fond de l’homme ») pique notre curiosité en bifurquant sur le curé de Pieusse.

    Pas un ecclésiatique ordinaire cet abbé Coste! Impossible de dénicher son prénom. C’est à peine si l’on sait qu’il installa en 1866 l’orgue de Saint-Genest. Mais Delteil le salue « du balcon de ce monde moderne » pour une raison qui ne peut que nous intéresser : une œuvre. « Une seule œuvre » à laquelle cette « âme ingénue et superbe » a consacré « quatorze cent soixante beaux jours pleins ». Pas un château, pas une église, pas une vigne mais un livre. Unique et enluminé. Non pas une œuvre de l’esprit mais « une œuvre du cœur ».

    Delteil eut le privilège de tenir entre les mains ce missel réalisé avec une ferveur et une patience comparables à celles des miniaturistes médiévaux. Il nous en parle, emporté par son style inimitable, avec des accents qui nous font regretter de n’avoir trouvé aucune reproduction de ce travail où il ne fallait pas chercher « des théories esthétiques ou le signe fulgurant des dons du génie. mais tout simplement une application paradisiaque (…), un tour de main tout proche du monde végétal, le jeu enfin d’une âme foraine, avec ses trésors de pudeur et de joie (…) ».

    Retour aux forains et fin de la digression. Le temps pour nous de clore cette note qui se voudrait bouteille à la mer interstiCielle. Si l’un de nos lecteurs nous apportait soudain une image du Missel Coste ? Ce serait le rêve.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer
  • L'ii c'est de la balle!

    Les nouvelles sont bonnes ? « Ma foi, c’est toujours pareil » me disent les militants de la singularité à la papa. C’est calme quand on se croise en ligne. On se salue dans les rues du village planétaire. Voire même en live dans les couloirs du métro quand ils reviennent de la foire, le panier plein de colifichets OAF.

    Leurs bouches sont pleines de Daniel Cordier par ci, de Daniel Cordier par là, pour ce millésime 2017. Daniel Cordier qu’ils enrôlent dans une sainte trinité brute en compagnie de Jean Dubuffet et Henri Michaux !!!

    Mon manque d’enthousiasme pour pareils brouillages leur fait peine à voir. Ils ne veulent rien comprendre au domaine de l’ii. Ils me somment de leur dire si c’est de l’art ou du cocon. Répondre serait assommant. J’ai toujours préféré le tennis.

    grozdanovitch portrait 2.jpgDu moins quand c’est Denis Grozdanovitch qui arbitre. Dans son Précis de mécanique gestuelle & spirituelle, paru sous le titre De l’art de prendre la balle au bond en 2007 chez J.C. Lattès, je tombe page 271 sur son évocation des « longues exégèses à propos de la trace réelle sur la terre battue (…) ».

    Il y rappelle la règle suivant laquelle une balle qui rebondit sur les lignes délimitant le court est jugée bonne s’il n’y a « aucun interstice résiduel entre la trace et la ligne ».

    couv 2.jpg

    Sans crainte de la faute, c’est au contraire à la recherche et à l’exploration de cet espace litigieux que notre blogue se consacre. Même si (ou surtout si) l’InterstiCiel, dans sa façon d’effleurer les limites des terrains trop balisés, se réduit parfois à quelques millimètres.

    balle.jpg

    logo animula petit.jpg

    Lien permanent Catégories : Fragments, Les mots pour le dire 1 commentaire Imprimer
  • E.T. Téléphone Maset

    Une incursion dans la garrigue nîmoise. Doublée d’une plongée dans la science-fiction des années 70. La rencontre fortuite sur les rayons d’une bibliothèque de deux livres peu faits pour voisiner. Univers parallèles : régionalisme d’un côté, ufologie de l’autre..

    Au bon vieux temps des masets de Jean-Charles Lheureux (1988).

    couv masets.jpg

    « Sous les tonnelles des masets [nous dit Lheureux] existait une manière de bonheur dans la simplicité qu’il nous est difficile aujourd’hui d’appréhender et, plus simplement, de concevoir ». Le maset, « minuscule enclos, le plus souvent entouré de murs de pierre sèche, avec une petite maison de style indéterminé… ou sans style ».

    Rencontre avec les extra-terrestres d’une certaine Rose C. (1979).

    couv rose T.jpg

    Pas vraiment le décor idéal pour une rencontre du troisième type. Et pourtant… C’est à la fin de cette « civilisation du maset » qui dura un peu plus d’un siècle que se situe l’aventure de Rose. En 1952 exactement. Son témoignage se lit comme un roman populaire. Le concours des préfaciers : Guy Tarade, Jimmy Guieu, écrivains chevronnés, incite à penser d’ailleurs que c’en est un.

    La jeune femme approchée par des extra-terrestres (des géants de 2 mètres 30 plutôt bons gars) a beau n’avoir que son certificat d’études, elle connait les lois du genre littéraire. Rien ne manque à son récit : grands chiens noirs, grosse clé, vieille poussière, solitude nocturne, étroits sentiers. Frisson, suspens, mystère. Ça se lit comme Alexandre Dumas. Au passage la belle, montée dans la garrigue pour quelques jours de vacances, croise les réalisations de son défunt grand-père. Un puits magnifique, « travail de titan ». Une tour, caractérisée par son enroulement hélicoïcal autour d’un cône.

    tour pointue.jpg

    « Accôtée à un bâtiment imitant un peu l’aqueduc du Pont-du-Gard, cette tour pointue était d’une grande originalité ». Dotée d’un escalier en colimaçon facilitant son crépissage périodique, elle se terminait par une flèche métallique (baptisée Excalibur par un voisin) « dont l’étonnante particularité était d’émettre certains jours une sorte de bruit bizarre et continu (…) ».

    Difficile de savoir si cette curieuse pièce d’architecture populaire existe encore. Une archive photographique illustrant le livre de Rose C. nous la montre dans son état des années 20. S’agirait-il d’un photomontage, l’image n’en serait pas moins interstiCielle.

    Lien permanent Catégories : Fictions décalées, Les mots pour le dire, Microcosmes 1 commentaire Imprimer
  • Joseph Giraudo : une année lumière

    Dernières nouvelles de Giraudo.

    paperolle inutile d'insister.jpg

    Juste un an après la révélation sur notre blogue, sous la plume de Sophie Roussel, de ses curieux rouleaux de calculs vertigineux, nous apprenons que cette œuvre tout à fait interstiCielle vient de rejoindre une collection d’envergure.

    IMG_3425.jpg

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Les mots pour le dire, Sciences imaginaires 0 commentaire Imprimer