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Fragments

  • Collectionietzsche

    1er janvier 1890.

    « Collectionne un peu tout ce qu’il trouve, entre autres des choses sans aucune valeur, telles que bouts de papier, chiffons, etc.. S’incline toujours avec une extrême politesse devant les médecins »

    Note médicale concernant Friedrich Nietzsche dans le Journal des malades d’Iéna.

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    Cité par Erich Friedrich Podach (1894-1967) dans son ouvrage Nietzsches Zusammenbruch (1930), traduit en français sous le titre : L’Effondrement de Nietzsche.

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  • La tarentule du modernisme

    « Mon concierge possédait un tableau à musique. Lorsque la petite horloge, incrustée dans le clocher que vous imaginez, marquait midi, un ingénieux carillon, dissimulé derrière la toile, jouait : Ah ! vous dirais-je maman C’était très drôle. Tous les visiteurs ne manquaient jamais de s’émerveiller.

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    Or, il y a un mois, mon concierge fut, lui aussi, piqué de la tarentule du modernisme artistique. Il fit repeindre son tableau par un élève de M. Signac. Il fit changer le mécanisme du carillon. Aujourd’hui le clocher s’érige dans une pluie de petits pains à cacheter multicolores, et quand l’horloge marque midi, le nouveau carillon joue La Chevauchée des Walkyries. »

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    Albert Aurier

    Le Faux dilettantisme.

    In Textes critiques 1889-1892.

    De l’Impressionnisme au Symbolisme.

     

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  • M. R. et M. R. : duo de poètes disparus

    Maurice Remontrant appartient au cortège des poètes trop tôt disparus dans des circonstances dramatiques. Sous les assauts conjugués d’une pleurésie et du découragement, sa jeune vie s’est achevée à l’hôpital psychiatrique de Cahors en 1965. Il avait 21 ans et il serait aujourd’hui totalement oublié si un interne de cet établissement, le docteur Larchet n’avait pu sauver sa mémoire. Passionné par les écrits de malades mentaux, Larchet exhuma des manuscrits de Remontrant de la bibliothèque de l’hôpital. Pour les mettre à la disposition des chercheurs, il les présenta à la presse le 20 novembre 1976.

    Aucune édition n’en fut faite car on s’aperçut vite qu’ils avaient été déjà publiés sous un autre nom. Celui du romancier Marc Ronceraille (1941-1973), « poète maudit » et sportif de haut niveau. Un accident de montagne mit fin à la carrière de ce play boy des lettres des années 70, si prématurément qu’on peut douter de nos jours de son existence. Ronceraille n’en figure pas moins, aux côtés de Roland Barthes, Boris Pasternak ou Virginia Woolf dans la fameuse Collection Ecrivains de toujours, cette Pléiade du Seuil.

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    C’est dans ce volume –le centième de la Collection– publié en 1978 que l’on trouve le peu de renseignements dont on dispose sur Maurice Remontrant. Sous la plume de Philippe Morand qui nous campe un garçon exigeant et inquiet, nerveux et capable d’« éclairs extraordinaires ». Plutôt petit, mince, « avec des cheveux très noirs, mal peignés, une grande mèche lui tombant sur les yeux, des yeux très vifs, presque inquiétants (…). On l’aperçoit sur une photo en compagnie de Marc.

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    Maurice Remontrant était « l’aiguillon » de l’école poétique de Saint-Jean d’Angély groupée autour d’une revue artisanale d’avant-garde Le Centripète. Sous le pseudonyme de Lésaimère (allusion à leurs initiales communes), les deux poètes y donnèrent aussi des textes à quatre mains.

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    Cette conduite littéraire fusionnelle fut-elle fatale à Maurice ? Autorisa-t-elle Marc à s’attribuer la paternité de L’Architaupe, Sol mémorable, Runes et L’Imagerie mécanique du professeur Batave qui forment l’essentiel de l’œuvre ?

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    Toujours est-il que le destin de Remontant fut scellé. Souffrant de névralgies, dépressif après la mort de ses parents, il fut contraint d’entrer à l’asile « à la suite d’un esclandre » dont on ignore la nature. Tenter de l’imaginer nous entraînerait dans la légende, c’est-à-dire dans la supercherie.

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  • Crise d’aquarelle!

    Un peintre qui refait sans cesse le même tableau a de quoi piquer la curiosité d’un lecteur quand il le rencontre dans un livre. Surtout si le tableau représente simplement une souche d’arbre au milieu d’une clairière avec un oiseau perché dessus. Le lieu d’exposition de cette œuvre unique dont seules les couleurs varient avec les saisons n’est pas moins banal. Non une galerie ou un musée d’art contemporain mais un grand magasin de Montréal dans les années soixante.

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    Difficile de croire que Michel Tremblay, né sur le Plateau, n’exploite pas ses souvenirs d’enfance dans Le Peintre d’aquarelles.

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    Même si le héros de ce roman qui a l’âge de l’auteur et qui produit comme lui de désarmantes images minimalistes ajoute sa dimension photosensible à l’évocation du peintre d’un établissements aujourd’hui disparu.

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    « [Il] peignait sur place, de neuf à cinq, six jours par semaine. (…) Ses tableaux se vendaient comme des petits pains chauds. (…) On l’avait installé à droite de l’entrée dans une espèce de petit atelier. (…) Il installait les œuvres à vendre sur des chevalets, il était donc entouré de dizaines de copies de celle qu’il était en train de faire. »

    Marcel, le narrateur, surnommé Pigeon, est fasciné. Quand il va au magasin avec sa mère ou avec sa tante, il les tire «invariablement vers l’atelier du vieux monsieur à la pipe »Sa mère trouve que le peintre est fou. Sa tante déclare parfois qu’elle accrocherait bien trois de ses tableaux chez eux : « J’trouve que ça nous ressemble : toujours la même chose, juste des détails qui changent. ».

    C’est cette tante Nana qui portera assistance au petit Marcel lors de cette épisode qui fait de la quarante et unième page du roman de Tremblay publié chez Actes Sud, un morceau de bravoure.

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    « Une fois j’étais resté trop longtemps devant les tableaux », raconte Marcel, « et, est-ce la répétition de la même image qui avait produit en moi un effet de stroboscope, je ne l’ai jamais su, j’avais fait une crise d’épilepsie en plein magasin L. N. (Louis-Napoléon) Messier ».

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  • Dans l’Antre de la mère Mansut

    La mère Mansut n’existe plus. Les bouquinistes se font rares, même à Paris. Mais longtemps, longtemps après que ceux-ci auront disparu, le souvenir de cette marchande analphabète brillera au firmament interstiCiel.

    Henry Murger dans ses Scènes de la vie de Bohême (1851), Alexandre Dumas fils dans L’Ami des femmes (1864) en font mention. Elle faisait bien dans leurs paysages.

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    magies-secretes.jpgAujourd’hui encore, on la croise lors d’une enquête de Georges Beauregard, un roman fantastique de Hervé Jubert.

    banville par nadar.jpgMais celui qui a le mieux campé ce personnage romanesque c’est le poète Théodore de Banville dans un texte pour Paris-Guide, ouvrage encyclopédique collectif paru pour l’exposition universelle de 1869.

    Son titre : Le Quartier latin et la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il a été réédité à part en 1926.

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    Entrons, page 25, « en face du collège Louis-le-Grand »

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    dans « la célèbre et indescriptible boutique de la Mère Mansut » rue Saint-Jacques. « (…) une immense pièce nullement rangée ni ordonnée, sans devantures, sans fenêtres, sans armoires ni rayons, des milliers et des milliers de volumes engouffrés, entassés, jetés les uns sur les autres dans la nuit et dans la poussière. La mère Mansut achetait en connaisseur, sans se tromper d’un sou, les livres qu’on venait lui offrir, et elle les jetait sur le tas ».

    Un client venait-il à lui demander quelque chose, « la mère Mansut s’élançait comme un singe sur la montagne de livres, et là, farfouillant de ses pieds, de son front, de ses mains armées de griffes, cette bizarre femme, qui ne savait ni lire ni écrire, mais dont la mémoire eût défié celle de Pic de la Mirandole, trouvait du premier coup et sans se tromper jamais, l’édition demandée ».

    La suite, concernant la toilette et la cuisine de cette créature aux « cheveux blonds ébouriffés » serait sans doute délectable mais Banville se contente de nous dire que la mère Mansut faisait l’une et l’autre « dans la rue, en plein air, sur un trépied ».

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    Avant de conclure en homme cultivé qu’il était : « comme la sibylle antique ».

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  • Le Livre des Sauvages

    Réhabilitons Le Livre des Sauvages. Il est sans doute difficile de rencontrer la première édition (1860) du Manuscrit pictographique américain, précédé d’une notice sur l’idéographie des Paux-Rouges.

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    Emmanuel_Domenech.jpgCet ouvrage dont l’auteur, Emmanuel Domenech (1825-1903) est un missionnaire français qui exerça en Amérique au milieu du XIXe siècle reproduit un manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Arsenal.

    On trouve cependant facilement sur le Net de très curieuses images qui en proviennent. Elles sont souvent considérées comme de simples gribouillages ou des figurations grossières à caractère  plus ou moins obscène.

    Sans égards à leur diversité, à leur organisation en système graphique original.

     

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     Tout cela parce qu’elles relèvent d’un canular involontaire. Il est attesté en effet que Domenech qui portait aux Indiens des grandes plaines un intérêt scientifique véritable s’est laissé abuser par un recueil de dessins (assorti de légendes explicatives en dialecte germanique) attribuables à un écolier vivant au Canada.

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    Rien de tels que les savants pour se duper ainsi eux-mêmes ! Toute l’histoire du spiritisme le montre, celle de Glozel aussi. Le livre de notre missionnaire-ethnologue suscita rapidement une réfutation nette de la part d’un bibliographe nommé Jules Petzholdt. Comme, à la même période, le mathématien Michel Chasles qui préférait s’aveugler sur les agissements du faussaire Vrain-Lucas, Emmanuel Domenech s’obstina à défendre sa version.

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    Dans une brochure de 1861 intitulée La Vérité sur le livre des sauvages, il maintient que son manuscrit « est l’œuvre d’un chef de tribu instruit par un missionnaire allemand ou celle d’un vieux sachem d’origine souabe » ! On notera que les liens de Domenech avec les colons allemands remontent à son arrivée en Amérique en 1846. Il semble surtout qu’il ait établi sa conviction sur le fait que le manuscrit ethnographique proviendrait du marquis de Paulmy (1722-1787) qui le reçut « avec un dictionnaire iroquois ». Argument d’autant plus décisif qu’il faudrait, selon Domenech, de la bonne volonté pour croire qu’un « homme d’élite et savant comme l’était le marquis » ait pu être mystifié. Peu importe pourquoi c’est Paulmy qui titra de sa main le manuscrit pseudo indien. Peu nous importe que celui-ci ne soit pas l’objet scientifique qu’il aurait pu être. Ce n’est pas une raison pour le discréditer. Parce qu’il mérite d’être considéré d’une autre manière, franchement artistique celle là.

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  • Perles de grève

    A grève perlée, perles de grève. 2018 égalera-t-il 1995 sur le plan de la tradition orale? Certes, du XXe siècle finissant au XXIe bien entamé, on est passé du Café du Commerce aux réseaux sociaux. De la légende urbaine aux fakes news. Mais dans les interstiCes de la communication ordinaire des usagers lambda impactés par le conflit social dans les transports, il pourrait se glisser quelques tropismes à la Nathalie Sarraute. En attendant de voir (ou d’entendre), voici quelques rumeurs tirées des archives d’un de nos lecteurs qui les avait glanées -et notées- entre le 24 novembre et le 18 décembre 1995, sous la rubrique On dit que :

    Quelqu’un a appelé un service de coursiers pour dire : « j’ai un colis fragile, moi-même »

    Obligé de dormir chez une cousine obsessionnelle, le même est réveillé toutes les deux heures par le radio-réveil que celle-ci reprogramme régulièrement

    Le SAMU ne pouvant plus passer, des gens seraient morts dans les ambulances

    Il faut faire des provisions

    Le week end calmera les esprits et tout ira mieux lundi

    Tous les jours, un homme vient au boulot sur un vélo que son fils lui loue 50 Frs

    Il n’y a plus d’argent dans les caisses d’épargne

    Sept cheminots sur dix souffriraient de six roses

    Les femmes enceintes avortent dans les embouteillages ou du moins elles ont des contractions

    Les grévistes se plaignent parce qu’ils n’ont pas de moyens de transport pour se rendre au piquet de grève

    Dans une manifestation une voiture de R.P.R. [parti de la droite gaulliste au pouvoir alors] a foncé dans la foule ; un postier a été blessé mais pas grièvement

    Il faudrait que les Allemands reviennent

    Cette année, le Marathon de Paris sera organisé par la S.N.C.F.

    La femme d’un copain c’est sacré même pendant les embouteillages

     

    Note : vingt trois ans s’étant écoulés, il y a naturellement prescription pour ce bêtisier qui risque, dans les jours prochains, d’être actualisé sur la Toile.

     

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  • Æsculape c’est Byzance

    Un curieux dessin polygonal. C’est le titre d’un article paru en décembre 1911 dans le n° 12 d’Æsculape, une revue traitant des sciences, des lettres et des arts dans leurs rapports avec la médecine.

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    Article illustré par un portrait de « genre byzantin » qui a tout de suite rappelé quelque chose à notre camarade Ani. En août 2010 et juin 2013, sur son blogue Animula Vagula, elle avait posté de fantômatiques images visiblement de la même main. Elles étaient dues à une certaine Marie Egoroff.

    Le dessin d’Æsculape émane « d’une dame n’ayant étudié ni le dessin ni la peinture » dont les initiales sont : C.-B. d. l. T. S’agit-il d’un pseudonyme adopté tardivement pour protéger l’anonymat de l’auteur ? Voilà le mystère qui s’épaissit, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Le texte dont l’artiste a accompagné son dessin nous en apprend pas mal sur ce créateur habile à naviguer entre divers courants.

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    C.-B. d. l. T. réfute l’opinion selon laquelle ses dessins auraient été obtenus par la suggestion hypnotique. Plusieurs de ses portraits ont certes été réalisés en présence de psychologues dont Théodore Flournoy, célèbre pour ses travaux avec le medium-artiste Helen Smith (1961-1929). Mais « ces messieurs se sont abstenus de toute intervention ».

    Ne subissant aucune modification de son état de conscience quand elle dessine Madame C.-B. d. l. T. (ou plus vraisemblablement Marie Egoroff) écarte toute idée d’auto-suggestion. Il suffit simplement que sa main « munie d’un crayon (…) se pose sur le papier pour qu’aussitôt » son bras « se mette en mouvement et traces des hachures, des traits d’une finesse extrême, comme burinés (…) ». Il ne faut cependant pas, selon elle, « classer cette médiumnité parmi les cas pathologiques ». La dessinatrice souligne son extraordinaire bonne santé, parle de son « caractère très modéré ». Elle n’est, dit-elle, « ni enthousiaste, ni imaginative » et son humeur « est parfaitement égale ».

    Etrange insistance qui révèle peut-être qu’entre 1894-1898 (dates des œuvres signalées par Animula) et 1911 (date de l’article d’Æsculape) Marie Egoroff a ressenti les inconvénients d’une popularité paranormale. Tout au plus admet-elle que son « don » lui semble « miraculeux ». Elle nous éclaire aussi sur les conditions d’exécution de ses portraits : « en moins d’une heure, souvent même sans regarder pendant plusieurs minutes ce que je fais, sans savoir en tous cas ce que cela va donner jusqu’à la fin ». Fin qui coïncide avec le remplissage total de la feuille.

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  • Vieux chameaux

    Le désert appelle le chameau comme la saucisse la moutarde. Qu’est-ce qu’un chameau ? Pas seulement une personne vache. « Un chameau c’est un cheval dessiné par une commission d’experts » dit Francis Blanche. Un chameau ou un dromadaire : on n’est pas à une bosse près! Des camélidés en tous cas.

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    On vient d’en découvrir un petit troupeau pas loin de Sakaka sur trois éperons rocheux (trois bosses en somme) dans une zone quasiment inexplorée de la province d’Al-jawf. 

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    Du genre monumental les chameaux, sculptés en haut et bas-reliefs. On soupçonne les Nabatéens, un peuple ancien de l’est du Jourdain d’avoir fait le coup.

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    Il fallait pourtant être un peu à l’ouest pour aller faire du land art dans ce coin sans flotte de l’Arabie saoudite à l’interstice de l’antiquité et du premier millénaire de notre ère.

     

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  • Un petit bonhomme de Charonne

    Grotte alors ! Ça se complique. Avec les rats le choléra n’est jamais loin. Celui de 1832 remonte à la surface à l’occasion de notre précédent post. L’un de nos lecteurs, enragé rongeur d’archives nous signale un texte de l’historien Lucien Lambeau paru en 1921 dans son Histoire des communes annexées à Paris en 1859. Dans un passage sur le village de Charonne, Lambeau mange le morceau.

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    A propos d’une « guinguette curieuse datant de la première moitié du dix-neuvième siècle », il note qu’Émile de Labédollière, dans Le Nouveau Paris (1859) « raconte que, pendant l’épidémie de choléra », le patron de cette guinguette « avait organisé, au profit des orphelins de la terrible maladie, une sorte de grotte, sur les parois de laquelle étaient appliqués des débris de verrerie de couleur et de porcelaine, lesquels, vus à travers une lentille grossissante donnaient l’illusion d’une grotte enchantée ». Bingo ! c’est notre grotte nous sommes nous dit.

    Pas plus de Rat-goutteux que de beurre en branche cependant dans le rapport de Lucien Lambeau. Celui-ci fait état d’une autre enseigne : Au Petit bonhomme qui … La description qu’il en fait : « un enfant accroupi (…) » dans un décor représentant « le cabaret avec les arbres qui l’ombrageaient » autorise à penser que l’on ne craignait pas les blagues scatologiques sous la monarchie de juillet.

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    S’agit-il par conséquent d’une grotte différente de celle décrite par Ernest d’Hervilly? Il faudrait admettre que ce genre d’attraction était monnaie courante dans les cabarets de la ceinture de Paris où le vin n’était pas cher. C’est peu probable étant donné l’originalité de cette création qui a frappé les contemporains.

    Simplement remonte-t-on de 23 ans dans le temps avec le témoignage de Labédollière, ce qui explique sans doute le changement du nom de l’établissement. « Il ne reste rien du Petit bonhomme qui… » note Lucien Lambeau mais sa description a le mérite de localiser l’endroit où la maison était située : « à l’angle de la rue du Surmelin et de la rue Pelleport » dans l’actuel 20e arrondissement de Paris. A la pointe nord du quadrilatère formé par l’hôpital Tenon (anciennement de Ménilmontant) dont la construction (1870-1878) a modifié les lieux.

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    Pour les nostalgiques de la grotte du Rat-goutteux (ou du Petit bonhomme), ce petit bonus d’Ernest d’Hervilly pour la route : « Je me rappelle des ponts supendus sur des abîmes où grondait une eau écumeuse, des antres mystérieux où s’ébauchaient des formes vagues, des forêts accrochées au flanc à pic de montagnes se perdant dans les nues ; tous les plus étonnants aspects d’un monde après un déluge, et couverts des débris de choses humaines, étaient réunis dans cette grotte dont les divisions fantasmagoriques vues à travers les lentilles, prenaient des proportions insensées ».

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  • Les goûts du rat

    Le rat prolifère à Paris.

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    Entre lui et nous : une vieille affaire de consommation. Dans les périodes grasses, ils nous débarrasse de nos déchets alimentaires. En période maigre, comme pendant le siège de 1870, le Parisien est bien content d’y goûter.

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    Le rat d’égout en raison de sa proximité linguistique avec le ragoût des familles et avec la goutte (un rhumatisme) se prête au jeu de mot.

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    Subsiste encore à Nantes l’enseigne d’un commerce représentant un rat appuyé sur des béquilles.

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    A Brest c’est une taverne qui arborait cette image.

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    Ernest d’Hervilly dans Les Parisiens bizarres, paru en 1885, entretient le souvenir d’un restaurant, « alors solitaire au milieu des vignes » du village de Ménilmontant. Il s’appelait aussi Le Rat-goutteux. « On y allait en foule, il y a trente ans, des faubourgs de Paris déjeuner (…) » écrit l’auteur.

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    Ce qui nous ramène à peu près au milieu du XIXe siècle. En ce temps là « après déjeuner, on allait voir le Rocher (…) great attraction populaire (…) ».

    C’est ici que notre rubrique ratophile et gastronomique s’élève à l’InterstiCiel. Laissons à d’Hervilly la parole pour la description de cette grotte « stupéfiante pour le regard et pour la pensée » dont nous ignorons s’il en existe des gravures ou des reproductions.

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  • Huysmans et les vieilles barbes

    Parmi les livres qu’on aimerait posséder, il y a ce : La Voix de Dieu mentionné par Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas (1891). Pas une voix en technicolor et langue de feu pour Les Dix commandements de Cecil B. DeMille ! Une voix familière à l’un de ces hérétiques que Gevingey se plait à évoquer dans la tour de Saint-Sulpice pour les autres personnages du roman : Carhaix, le sonneur, des Hermies, le médecin, Durtal, porte-parole de l’auteur. Citons donc Gevingey, cet expert en astrologie qui eut pour modèle un certain Eugène Ledos, une célébrité dans cette discipline sous le second Empire.

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    « En 1889, un bon fol du nom de David fait paraitre à Angers, une brochure intitulée La Voix de Dieu, dans laquelle il se décerne le modeste titre de Messie unique de l’Esprit Saint Créateur et nous révèle qu’il est entrepreneur de travaux publics et qu’il porte une barbe blonde d’une longueur de 1 mètre 10 ». Respectable record.

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    Il fait penser à ces portraits d’allergiques au rasoir qui circulaient en carte postale à la même époque.

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    Huysmans, on le sait, avait pour habitude de se documenter scrupuleusement. Nous ne désespérons donc pas de croiser un jour cet opuscule ou le système pileux de son auteur au coin du Net ou d’une bibliothèque accueillante aux ouvrages interstiCiels de cette espèce.

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  • Crayonnures pastorales

    Un aérolithe interstiCiel est tombé dans le jardin de fleurs sauvages de l’ii. En provenance d’un blogue qui plane au dessus de nos mêlées. Sylvie Durbec, l’âme discrète et nomade de ce site, souffre - au regard du monde d’aujourd’hui - d’un handicap. Elle ne s’exprime que sur le mode de la plus limpide poésie.

    Une promenade dans la nature (on n’ose plus dire la campagne), la rencontre toute simple d’un chasseur, sont converties par Sylvie Durbec en page d’un journal flâneur et sobrement intime où la sensibilité dont elle fait preuve effleure le temps et les choses.

    Talent évocatoire qui fait penser à Robert Walser, écrivain trop peu lu, dont Durbec est fervente. Walser affectionnait les « crayonnures », textes rédigés en caractères microscopiques difficilement lisibles.

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    Sylvie Durbec s’intéresse aux « écritures de pierre ». Qu’elle nous pardonne de lui emprunter l’image de celle-ci qu’elle a rencontrée dans un village oublié dont Giono s’inspira pour son roman Regain.

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    L’un de ces bergers qui occupèrent, jusqu’au milieu du vingtième siècle, les abris pastoraux dont cette pierre sèche provient y graffita sa solitude. On pense au soleil, au vent d’hiver, à la lune et aux Pléïades. C’est beau comme un fragment de Sappho. Une de ces inscriptions antiques que l’on ne peut pas lire mais dont on déchiffre quelques incertaines et émouvantes bribes.

    « Le monde des pierres (…) j’aime (…) où je m’a muserai ».

    Et puis c’est tout.

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  • Poubelles rebelles à Tréboul

    Une bonne nouvelle pour commencer l’année.

    On a relâché le graffitiste de Douarnenez qui se livrait en catimini à l’inventaire général des titres de films sur les poubelles de sa ville.

    l'internationale intersticielle,

    Affaire à suivre cependant car la restauration à l’identique de ces pièces maîtresses du mobilier urbain coûterait paraît-il une fortune aux contribuables finistériens. Souhaitons que les tribunaux fassent preuve en cette affaire d’autant de compréhension et de célérité que la maréchaussée.

    l'internationale intersticielle,

    Celle-ci n’ayant pas mis plus de 4 mois pour appréhender en douceur le présumé cinéphile après que ses agissements iconoclastes (mais artistiques) aient été signalés sur un blogue amateur de pied dans le plat.

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  • Une deltheillerie

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    Un château, une vieille église et la Blanquette de Limoux, Pieusse est un village de l’Aude qui, en matière de patrimoine, ne fait pas exception à la règle.

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    Son principal titre de gloire c’est qu’il marqua de son empreinte Joseph Delteil qui dort maintenant dans son cimetière.

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    Pas mal de choses historiques et touristiques ont été dites sur Pieusse mais il faut lire les écrivains, spécialement ceux à la moustache en brosse sous un nez subtil comme celui de Joseph Delteil.

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    Dans l’un de ses Textes inédits (intitulé Le Rêve) publié par Robert Briatte dans la Collection Qui êtes-vous ? à La Manufacture en 1988, Delteil au sortir d’une généralité sur les forains (« ils sont partout, ils sont au fond de l’homme ») pique notre curiosité en bifurquant sur le curé de Pieusse.

    Pas un ecclésiatique ordinaire cet abbé Coste! Impossible de dénicher son prénom. C’est à peine si l’on sait qu’il installa en 1866 l’orgue de Saint-Genest. Mais Delteil le salue « du balcon de ce monde moderne » pour une raison qui ne peut que nous intéresser : une œuvre. « Une seule œuvre » à laquelle cette « âme ingénue et superbe » a consacré « quatorze cent soixante beaux jours pleins ». Pas un château, pas une église, pas une vigne mais un livre. Unique et enluminé. Non pas une œuvre de l’esprit mais « une œuvre du cœur ».

    Delteil eut le privilège de tenir entre les mains ce missel réalisé avec une ferveur et une patience comparables à celles des miniaturistes médiévaux. Il nous en parle, emporté par son style inimitable, avec des accents qui nous font regretter de n’avoir trouvé aucune reproduction de ce travail où il ne fallait pas chercher « des théories esthétiques ou le signe fulgurant des dons du génie. mais tout simplement une application paradisiaque (…), un tour de main tout proche du monde végétal, le jeu enfin d’une âme foraine, avec ses trésors de pudeur et de joie (…) ».

    Retour aux forains et fin de la digression. Le temps pour nous de clore cette note qui se voudrait bouteille à la mer interstiCielle. Si l’un de nos lecteurs nous apportait soudain une image du Missel Coste ? Ce serait le rêve.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire 0 commentaire Imprimer