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l'internationale intersticielle

  • Un petit bonhomme de Charonne

    Grotte alors ! Ça se complique. Avec les rats le choléra n’est jamais loin. Celui de 1832 remonte à la surface à l’occasion de notre précédent post. L’un de nos lecteurs, enragé rongeur d’archives nous signale un texte de l’historien Lucien Lambeau paru en 1921 dans son Histoire des communes annexées à Paris en 1859. Dans un passage sur le village de Charonne, Lambeau mange le morceau.

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    A propos d’une « guinguette curieuse datant de la première moitié du dix-neuvième siècle », il note qu’Émile de Labédollière, dans Le Nouveau Paris (1859) « raconte que, pendant l’épidémie de choléra », le patron de cette guinguette « avait organisé, au profit des orphelins de la terrible maladie, une sorte de grotte, sur les parois de laquelle étaient appliqués des débris de verrerie de couleur et de porcelaine, lesquels, vus à travers une lentille grossissante donnaient l’illusion d’une grotte enchantée ». Bingo ! c’est notre grotte nous sommes nous dit.

    Pas plus de Rat-goutteux que de beurre en branche cependant dans le rapport de Lucien Lambeau. Celui-ci fait état d’une autre enseigne : Au Petit bonhomme qui … La description qu’il en fait : « un enfant accroupi (…) » dans un décor représentant « le cabaret avec les arbres qui l’ombrageaient » autorise à penser que l’on ne craignait pas les blagues scatologiques sous la monarchie de juillet.

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    S’agit-il par conséquent d’une grotte différente de celle décrite par Ernest d’Hervilly? Il faudrait admettre que ce genre d’attraction était monnaie courante dans les cabarets de la ceinture de Paris où le vin n’était pas cher. C’est peu probable étant donné l’originalité de cette création qui a frappé les contemporains.

    Simplement remonte-t-on de 23 ans dans le temps avec le témoignage de Labédollière, ce qui explique sans doute le changement du nom de l’établissement. « Il ne reste rien du Petit bonhomme qui… » note Lucien Lambeau mais sa description a le mérite de localiser l’endroit où la maison était située : « à l’angle de la rue du Surmelin et de la rue Pelleport » dans l’actuel 20e arrondissement de Paris. A la pointe nord du quadrilatère formé par l’hôpital Tenon (anciennement de Ménilmontant) dont la construction (1870-1878) a modifié les lieux.

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    Pour les nostalgiques de la grotte du Rat-goutteux (ou du Petit bonhomme), ce petit bonus d’Ernest d’Hervilly pour la route : « Je me rappelle des ponts supendus sur des abîmes où grondait une eau écumeuse, des antres mystérieux où s’ébauchaient des formes vagues, des forêts accrochées au flanc à pic de montagnes se perdant dans les nues ; tous les plus étonnants aspects d’un monde après un déluge, et couverts des débris de choses humaines, étaient réunis dans cette grotte dont les divisions fantasmagoriques vues à travers les lentilles, prenaient des proportions insensées ».

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  • Un excentrique sous Henri IV

    Autre berger qui se prend dans nos filets : Bernard Bluet d’Arbères, du Pays de Gex près de Genève. Analphabète mais auteur prolixe dictant ses œuvres à un secrétaire. Illuminé mais les pieds assez sur terre pour tirer profit de sa folie. Un excentrique sous Henri IV.

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    Bluet se roulait dans les orties quand son désir de femmes le taquinait trop. Charles Nodier en a fait une vedette dans la catégorie Fous littéraires. Jean-Baptiste Châtre de Cangé, un grand collectionneur de livres du 18e siècle, prétend que Bluet se promenait presque nu dans les rues en portant une croix de bois.

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    Cela ne l’empêchait pas de faire imprimer ses visions sur des petits livrets qui sont aujourd’hui si recherchés qu’un blogue de la région (Raconte-moi Divonne) demande à ses lecteurs dans sa rubrique contact, si des fois ils n’auraient pas la chance d’en posséder un.

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    guégan.jpgC’est que Bluet a intéressé au cours du temps des auteurs tels que Agrippa d’Aubigné, Bertrand Guégan, Raymond Queneau, Michel Foucault. Selon André Blavier, Scutenaire le tient même pour un écrivain « de grand style ». Rares sont les occasions de vérifier ce jugement. Le hasard des ventes publiques en fournit une le 14 février 2018 avec la Collection d’un bibliophile.

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    Le n° 22 décrit par le menu un recueil de 78 livrets du Comte de Permission (pseudo titre de noblesse de Bernard Bluet). Citons : « Ses publications (…) gardent une authenticité peu commune pour l’époque. A partir de 1600, ses livrets se trouvèrent réunis sous le titre L’Intitulation, véritable journal de folies imprimées. On y découvre un précieux témoignage de la langue orale de l’époque ».

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    Authenticité et folies prolongées dans les gravures qui agrémentent les livrets. A propos de celle du livret 75, que reproduit le catalogue de la vente, Pierre Gustave Brunet, éditeur et fameux bibliographe, dans son essai sur Les Fous littéraires (1880), usait d’un charmant euphémisme : « d’une singularité risquée ».

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  • Une apparition on the rocks

    L’air pur des hauteurs n’est pas pour faire peur à l’ii surtout lorsque l’écho de ses notes précédentes y retentit.

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    Après l’assaut des ruines féodales de Châteaurenard et de leur panoramique point de vue, notre équipe, au soir tombant, s’est offert un temps de repos dans l’église Saint-Denys.

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    Bien lui en prit puisque ce monument bouches-du-rhônien recèlait un de ces décors magiquement kitsch dont la dévotion populaire du début du vingtième siècle semble avoir le secret.

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    Dans une chapelle mettant en scène les apparitions de Notre-Dame de la Salette chères à Huysmans,

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    nous avons retrouvé les bergers et la pleureuse Vierge Marie couronnée de rayons, en majesté – c’est le sel de la chose – sur un amas de rocailles moutonneuses et tarabiscotées qui font penser aux rochers plissés que le peintre André Bauchant aime à représenter dans ses tableaux.

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  • Huysmans et les vieilles barbes

    Parmi les livres qu’on aimerait posséder, il y a ce : La Voix de Dieu mentionné par Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas (1891). Pas une voix en technicolor et langue de feu pour Les Dix commandements de Cecil B. DeMille ! Une voix familière à l’un de ces hérétiques que Gevingey se plait à évoquer dans la tour de Saint-Sulpice pour les autres personnages du roman : Carhaix, le sonneur, des Hermies, le médecin, Durtal, porte-parole de l’auteur. Citons donc Gevingey, cet expert en astrologie qui eut pour modèle un certain Eugène Ledos, une célébrité dans cette discipline sous le second Empire.

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    « En 1889, un bon fol du nom de David fait paraitre à Angers, une brochure intitulée La Voix de Dieu, dans laquelle il se décerne le modeste titre de Messie unique de l’Esprit Saint Créateur et nous révèle qu’il est entrepreneur de travaux publics et qu’il porte une barbe blonde d’une longueur de 1 mètre 10 ». Respectable record.

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    Il fait penser à ces portraits d’allergiques au rasoir qui circulaient en carte postale à la même époque.

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    Huysmans, on le sait, avait pour habitude de se documenter scrupuleusement. Nous ne désespérons donc pas de croiser un jour cet opuscule ou le système pileux de son auteur au coin du Net ou d’une bibliothèque accueillante aux ouvrages interstiCiels de cette espèce.

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  • Marcio : un sage à la plage

    Brésilien. Le roi du château de sable est brésilien. Il s’appelle Marcio. Marcio Mizael Matolias et il œuvre sur la plage à Rio de Janeiro. Une construction belle comme un camion et haute de même.

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    Photo AFP

    Des performances de cette sorte sont remarquables mais pas si rares. On en a soupé des concours de plage et du perfectionnisme de sable monté en graine. Mais là c’est différent. Parce que Marcio vit dans son château. Il s’y est aménagé une chambrette-bibliothèque, lui qui aime à promouvoir la lecture.

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    Photo AFP

    InterstiCielle architecture éphémère s’il en est ! D’autant plus éphémère que la vague touristique vient naturellement lécher son rivage jusqu’à mettre en question son « work in progress » toujours renouvelé.

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    La nouvelle de son existence nous parvient d’ailleurs au gré d’un processus de médiatisation qui bientôt aura raison de cet espace de vraie liberté.

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    Photo AFP

    Heureusement Marcio a de la ressource. Il est conscient que cette marée de popularité finira par l’atteindre. Il songe à rebondir, caresse son chien, projette de monter un atelier où s’adonner à d’autres formes d’art. C’est un sage.

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  • Crayonnures pastorales

    Un aérolithe interstiCiel est tombé dans le jardin de fleurs sauvages de l’ii. En provenance d’un blogue qui plane au dessus de nos mêlées. Sylvie Durbec, l’âme discrète et nomade de ce site, souffre - au regard du monde d’aujourd’hui - d’un handicap. Elle ne s’exprime que sur le mode de la plus limpide poésie.

    Une promenade dans la nature (on n’ose plus dire la campagne), la rencontre toute simple d’un chasseur, sont converties par Sylvie Durbec en page d’un journal flâneur et sobrement intime où la sensibilité dont elle fait preuve effleure le temps et les choses.

    Talent évocatoire qui fait penser à Robert Walser, écrivain trop peu lu, dont Durbec est fervente. Walser affectionnait les « crayonnures », textes rédigés en caractères microscopiques difficilement lisibles.

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    Sylvie Durbec s’intéresse aux « écritures de pierre ». Qu’elle nous pardonne de lui emprunter l’image de celle-ci qu’elle a rencontrée dans un village oublié dont Giono s’inspira pour son roman Regain.

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    L’un de ces bergers qui occupèrent, jusqu’au milieu du vingtième siècle, les abris pastoraux dont cette pierre sèche provient y graffita sa solitude. On pense au soleil, au vent d’hiver, à la lune et aux Pléïades. C’est beau comme un fragment de Sappho. Une de ces inscriptions antiques que l’on ne peut pas lire mais dont on déchiffre quelques incertaines et émouvantes bribes.

    « Le monde des pierres (…) j’aime (…) où je m’a muserai ».

    Et puis c’est tout.

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  • Coup de balai à la Pointe-Courte

    Le propre de la France s’affirme de jour en jour. En ce début 2018, une frénésie de nettoyage s’est emparée de nos collectivités locales. Après Treboul, c’est La Pointe Courte, ce quartier de Sète d’où partit la Nouvelle Vague, qui fait l’objet d’un relookage extrême.

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    Le pittoresque là-bas étant en péril, il a été procédé –selon l’expression préfectorale– au démantèlement de dépôts sauvages sur la voie publique.

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    Par « dépôts sauvages » s’entend l’installation très personnelle qu’un ancien pêcheur du lieu avait gentiment laissé déborder de son cabanon défendu par de subversives inscriptions du genre : « Interdit aux chiants ».

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    Il faut dire que l’installation en question accumulait jouets en plastique, fleurs artificielles et fresques poissonnières incitatives au vagabondage de libres matous.

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    Intolérable, on le comprend !

    La chose, dans un passé récent, serait peut-être passée inaperçue mais la frénésie de médiatisation qui a gagné notre monde aboutit à fragiliser de tels environnements artistiques alors même que leurs visiteurs cherchent à les célèbrer.

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    Que voulez-vous, c’est humain : le numérique permettant à chacun d’être photographe, propulser son narcissisme à peu de frais sur les réseaux sociaux est tentant. Voilà comment des créations spontanées du style de celle de la Pointe Courte se retrouvent ensuite dans des guides où elles dégénèrent en attractions touristiques.

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    Ceci pour dire qu’il ne faut pas se hâter de taxer les pouvoirs publics d’iconoclastie singulière. Leurs précautions frileuses et notre admiration brouillonne sont en fait les deux phases d’un même processus de destruction. Celui-ci s’accélère d’autant plus que les recherches systématiques s’épanouissent en inventaires obsessionnels. Au détriment des créateurs eux-mêmes comme l’affaire de Tréboul l’a démontré.

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  • Pirette dans la Montagnette

    Prendre au sérieux la Montagnette. En dépit de son diminutif, elle tourne et grimpe gentiment après le pont en venant de Graveson. Tours crénelées, machicoulis, courtines, en coin de Départementale.

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    L’ai-je bien défendu ? semble dire le décor d’opérette qui protège l’Abbaye Saint-Michel-de-Frigolet des assauts du passé. Il s’en est passé de belles ici à la fin du XIXe siècle quand Jules Ferry se bagarrait pour l’enseignement laïc avec les religieux. Ceux-ci avaient pour eux Mistral, l’élixir du Père Gaucher et le bon thym de la garrigue (farigouleto en provençal).

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    Ces auxiliaires, il les ont encore et ce sont eux sans doute qui font pleuvoir sur le site un déluge estival de randonneurs et de punks à chiens. L’hiver est plus propice pour se décoller de cette tradition qui masque les vraies valeurs.

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    A grands renforts d’escaliers tortueux, de lumière monastique et de gros chats méfiants, ce haut lieu du gothic revival et son église hyper-enluminée vous distillent une ambiance à la Huysmans.

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    Avec un peu de chance on croise un chanoine blanc près d’un cierge. Avec un peu d’imagination on se prend pour un oblat en balade.

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    Retour à la réalité et bonne surprise interstiCielle à la sortie : ces jardinières superposées, dont le ciment imite des branchages.

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    IMG_3261.jpgLe rocailleur a signé son œuvre. Pas trace de ce Pirette dans l’incontournable ouvrage du bien nommé Michel Racine : Architecture rustique des rocailleurs (1981) mais nos lecteurs – Avignonnais ou pas – le connaissent peut-être.

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  • Pirouette et Sans Pattes

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    Fonde la cire des bougies de Noël ! Les poupées du baby-boom peuvent bien perdre leur son, l’année ne commence pas si mal. Grâce à Eliane Larus et à Robert Combas, 2018 s’avance vers nous pour un baiser gentiment interstiCiel.

    De la première cette Pirouette de vœux arrivée dans notre hotte comme une sucette à l’anis.

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    Du second une phrase, lue dans un entretien avec Eric Delhaye (Je n’écoute en boucle que mes disques) paru dans Libération le 7 janvier. A la question : Le disque que tout le monde aime et que vous détestez ? l’idole de la Génération Figuration Libre répond : « Yes et Genesis, j’ai toujours détesté. Ce sont de grosses machines. C’est comme Jeff Koons : je n’ai rien contre lui, mais on ne fait pas le même métier ».

     

    Shamanisation

    Les Sans Pattes Co-realisation Robert Combas & Lucas Mancione
    Paroles : RC/Musique : RC &LM
    Special guest : Genevieve Boteilla / Marc Duran / Pierre Reixach

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  • Poubelles rebelles à Tréboul

    Une bonne nouvelle pour commencer l’année.

    On a relâché le graffitiste de Douarnenez qui se livrait en catimini à l’inventaire général des titres de films sur les poubelles de sa ville.

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    Affaire à suivre cependant car la restauration à l’identique de ces pièces maîtresses du mobilier urbain coûterait paraît-il une fortune aux contribuables finistériens. Souhaitons que les tribunaux fassent preuve en cette affaire d’autant de compréhension et de célérité que la maréchaussée.

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    Celle-ci n’ayant pas mis plus de 4 mois pour appréhender en douceur le présumé cinéphile après que ses agissements iconoclastes (mais artistiques) aient été signalés sur un blogue amateur de pied dans le plat.

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  • 50 ans après

    A l’interstice de l’activité et de la retraite, le salon Monique dans un coin typique du vieux Paris où l’on passe.

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    l'internationale intersticielle

    Christine et Suzon cultivent l’art subtil du dazibao après celui du peigne et des ciseaux.

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    Aux badauds qui photographient, les miroirs de la boutique renvoient l’image de la rue.

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    Monique, Suzon, Christine, cinquante ans c’est pas triste ! C’est l’ii qui vous le dit. Bienvenue au club des désœuvrées heureuses ! Vous pour qui la fidélité fut la frisette du labeur.

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  • Art rebelle : do it !

    La rébellion se cultive. Non comme les salades dont on nous gave à coups de pesticides médiatiques. Mais par la seule force bio du bon vieux DIY. Rebel Rebel, à première vue ça ne nous rajeunit pas mais ça fait salon aujourd’hui.

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    Comme à Marseille où le FRAC PACA s’est paré en octobre dernier du bandeau de pirate cher à David Bowie.

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    « Rebel rebel, you’ve torn your dress » : facile à dire mais pas facile à faire dans un défilé d’art contemporain pur laine !

    Une publication réalisée pour l’occasion par Seitoung tire cependant son épingle de ce jeu officiel. 100 % Do It Yourself, ce recueil d’un artiste au service du fanzinart depuis 1984, rassemble 52 manifestes pour un art rebelle.

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    Inspirés (entre autres) par les idées de Istvan Kantor, Vihls, Antony Squizzato, Laura Morsch-Kihn et Orlan (en figure de proue), ces textes percutants et drôles, indisciplinés et informés semblent rédigés par Melayne Seitoung lui-même.

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    A l’exception bien sûr de l’à propos de l’Internationale interstiCielle qui, en invité reconnaissant, joue son rôle de cheveu sur une soupe déjà riche en ingrédients.

    Tout cela, diront certains, n’est pas limpide mais il ne manquerait plus qu’on s’y retrouve ! Un peu d’obscurité ne nuit pas au message. Il suffit de se ménager une entrée dans le corpus rebelle.

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    Celle du Zinewallisme par exemple montre combien Seitoung, dans ses activités éditoriales, a conscience de se mouvoir sur un fil interstiCiel : « Le monde de l’art veut mettre les fanzines dans des musées, des collections, derrière des vitrines et celui d’Internet les veut numérisés et partagés par le plus grand nombre. Aucune de ces deux attitudes n’incarne la radicalité des objets eux-mêmes. Ce paradoxe est dépassé par le zinewall ».

    Happy few, n’attendez donc pas pour accrocher les 52 manifestes sur votre mur de zines ! Suivant les lois du genre, le tirage est très restreint. Ce livre, marqué au coin d’un ludisme élégant mais pensé, nous épargne l’autodérision élitiste qui caractérise les pesanteurs pataphysiques.

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    On y frôle cependant (sans jamais tomber dans l’un ou l’autre) l’oupeimpo, fluxus, l’actionnisme viennois, l’institut du vandalisme et le jeu du piment. Le lecteur peut ainsi picorer à sa guise :

    le toyisme

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    le sloganisme

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    l’art savon, le sismo-art

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    le kid-art 

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    le post-Art Brut singulier 

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    le ratisme ou bad art.

    cecilia jimenez.jpgToutes choses basées sur la saturation graphique de l’espace, l’agitation, le détournement des codes et traditions. Sous l’apparence d’une anthologie de manifestes, le fanzine de Seitoung propose une typologie de pratiques artistiques contemporaines, hyper spontanées, énervées, urticantes et collectives, conscientes ou non. Plus ou moins subversives, sur une échelle de 1 à 10 petites bombes en tête de page.

    sommaire 52.JPG« De quoi devenir un artiste rebelle en moins d'un an »

    Rien moins.

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  • Enluminures provençales

    D’Augustin Gonfond (1849-1909), agriculteur provençal et miniaturiste autodidacte, on sait peu de choses. Sinon qu’il fut porté par la vague néo-gothique qui déferla sur l’Europe jusqu’à l’époque victorienne. Ce style troubadour se propagea dans les arts décoratifs avant d’être supplanté par le japonisme. Dans l’univers du livre, ce goût pour les ambiances moyenâgeuses ne concerne pas que la chose imprimée. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, l’art médiéval de l’enluminure connaît un renouveau tel que des peintres non professionnels, animés d’une foi populaire et d’un réel talent naïf, s’emparent de ses techniques.

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    Augustin Gonfond et son épouse peints par lui-même

    On ignore comment Augustin Gonfond assimila celles-ci. Sans doute sa scolarité chez les Frères à Saint-Rémy puis au Petit séminaire d’Avignon y est-elle pour quelque chose. On pense qu’il s’inspira dans son travail d’anciennes gravures. Toujours est-il que, dans son œuvre constituée de 4 livres enluminés et de tableaux biographiques finement calligraphiés et ornés sur vélin, Gonfond, s’écartant du troupeau des simples pasticheurs des moines-copistes du XIVe siècle, fait preuve d’une originalité certaine.

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    Une publication (encore disponible) du Musée des Alpilles qui conserve et montre l’essentiel de Gonfond analyse celle-ci en détail : usage du provençal aussi bien que du français et du latin, luxuriance décorative

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    sens du quotidien (maisons, costumes)

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    représentations de lieux précis (les ruines des Antiques, la collégiale)

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    attention à la flore et à la faune…

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    Si les enluminures des livres de Gonfond semblent parfois trop tributaires du modèle des images pieuses, il excelle dans le renouvellement de la décoration marginale. Fruit de la patience et de l’habileté, le monde enluminé d’Augustin Gonfond pétille là d’une inventivité qui mêle fantaisie et tératologie.

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    C’est qu’il passe par le filtre poétique d’une conscience malheureuse. La mortalité infantile, courante à son époque, n’épargna pas la famille de l’artiste. « En neuf ans, entre 1886 et 1894, il perd ses trois filles (…) emportées l’une après l’autre par la maladie à l’âge de 6, de 5 et de 16 ans. (…) Les travaux les plus émouvants d’Augustin Gonfond sont les tableaux qu’il composa à leur mémoire : portrait, mèches de cheveux et histoire de leur vie (…). Tout en célébrant les courtes existences de ses enfants, Gonfond nous parle de lui, nous dit ses convictions profondes » (Evelyne Duret, opus cité).

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    On ne s’étonnera pas que ces croyances soient celles du conservatisme catholique à la veille de la Loi de séparation des Églises et de l’État (1905). Attaché à ce terreau des valeurs du passé, Augustin Gonfond ne peut cependant s’empêcher de loucher – fût-ce pour la brocarder – vers ce marqueur de modernité : la Tour Eiffel.

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  • Une deltheillerie

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    Un château, une vieille église et la Blanquette de Limoux, Pieusse est un village de l’Aude qui, en matière de patrimoine, ne fait pas exception à la règle.

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    Son principal titre de gloire c’est qu’il marqua de son empreinte Joseph Delteil qui dort maintenant dans son cimetière.

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    Pas mal de choses historiques et touristiques ont été dites sur Pieusse mais il faut lire les écrivains, spécialement ceux à la moustache en brosse sous un nez subtil comme celui de Joseph Delteil.

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    Dans l’un de ses Textes inédits (intitulé Le Rêve) publié par Robert Briatte dans la Collection Qui êtes-vous ? à La Manufacture en 1988, Delteil au sortir d’une généralité sur les forains (« ils sont partout, ils sont au fond de l’homme ») pique notre curiosité en bifurquant sur le curé de Pieusse.

    Pas un ecclésiatique ordinaire cet abbé Coste! Impossible de dénicher son prénom. C’est à peine si l’on sait qu’il installa en 1866 l’orgue de Saint-Genest. Mais Delteil le salue « du balcon de ce monde moderne » pour une raison qui ne peut que nous intéresser : une œuvre. « Une seule œuvre » à laquelle cette « âme ingénue et superbe » a consacré « quatorze cent soixante beaux jours pleins ». Pas un château, pas une église, pas une vigne mais un livre. Unique et enluminé. Non pas une œuvre de l’esprit mais « une œuvre du cœur ».

    Delteil eut le privilège de tenir entre les mains ce missel réalisé avec une ferveur et une patience comparables à celles des miniaturistes médiévaux. Il nous en parle, emporté par son style inimitable, avec des accents qui nous font regretter de n’avoir trouvé aucune reproduction de ce travail où il ne fallait pas chercher « des théories esthétiques ou le signe fulgurant des dons du génie. mais tout simplement une application paradisiaque (…), un tour de main tout proche du monde végétal, le jeu enfin d’une âme foraine, avec ses trésors de pudeur et de joie (…) ».

    Retour aux forains et fin de la digression. Le temps pour nous de clore cette note qui se voudrait bouteille à la mer interstiCielle. Si l’un de nos lecteurs nous apportait soudain une image du Missel Coste ? Ce serait le rêve.

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  • L'ii c'est de la balle!

    Les nouvelles sont bonnes ? « Ma foi, c’est toujours pareil » me disent les militants de la singularité à la papa. C’est calme quand on se croise en ligne. On se salue dans les rues du village planétaire. Voire même en live dans les couloirs du métro quand ils reviennent de la foire, le panier plein de colifichets OAF.

    Leurs bouches sont pleines de Daniel Cordier par ci, de Daniel Cordier par là, pour ce millésime 2017. Daniel Cordier qu’ils enrôlent dans une sainte trinité brute en compagnie de Jean Dubuffet et Henri Michaux !!!

    Mon manque d’enthousiasme pour pareils brouillages leur fait peine à voir. Ils ne veulent rien comprendre au domaine de l’ii. Ils me somment de leur dire si c’est de l’art ou du cocon. Répondre serait assommant. J’ai toujours préféré le tennis.

    grozdanovitch portrait 2.jpgDu moins quand c’est Denis Grozdanovitch qui arbitre. Dans son Précis de mécanique gestuelle & spirituelle, paru sous le titre De l’art de prendre la balle au bond en 2007 chez J.C. Lattès, je tombe page 271 sur son évocation des « longues exégèses à propos de la trace réelle sur la terre battue (…) ».

    Il y rappelle la règle suivant laquelle une balle qui rebondit sur les lignes délimitant le court est jugée bonne s’il n’y a « aucun interstice résiduel entre la trace et la ligne ».

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    Sans crainte de la faute, c’est au contraire à la recherche et à l’exploration de cet espace litigieux que notre blogue se consacre. Même si (ou surtout si) l’InterstiCiel, dans sa façon d’effleurer les limites des terrains trop balisés, se réduit parfois à quelques millimètres.

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