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l'internationale intersticielle

  • Oscar Wilde vu par Johnny Rotten

    « Le truc qui m’a incité à me pencher sur ses livres, c’est ça : sur son lit de mort, il aurait déclaré "cette tapisserie est hideuse. L’un de nous doit mourir" ».

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    Propos recueilli en 2014 par Richard Gaitet dans une interview pour Radio Nova à l’occasion de la sortie de La Rage est mon énergie, autobiographie de John Lydon (alias Johnny Rotten)

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  • Sabatrion réédité

    Le Sabatrion Du Lérot est arrivé. Le temps passe et les bonnes idées parfois se réalisent. Il y a près de 10 ans, dans une autre vie, sur un autre blogue (Animula Vagula), il nous fut donné d’attirer l’attention sur ce texte en tous points étrange et à bien des égards « interstiCiel » avant la lettre.

    Dans sa note intitulée Sabatrion un prince du néant notre camarade Ani appelait de ses vœux une réédition de cette nouvelle de Théophile Briant parue en 1938 et difficilement trouvable de nos jours. Voici Ani comblée aujourd’hui grâce à l’heureuse initiative de Du Lérot éditeur.

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    Son récent catalogue de livres d’occasion (octobre 2018) –car Jean-Paul Louis qui dirige la maison avec son fils Etienne est aussi libraire– précise que cette nouvelle édition a été réalisée « dans sa présentation d’origine ». Il nous apprend d’autre part que Céline appelait Briant « mon vieux Sabatrion », ce qui n’est pas rien.

    Dans sa version de base le Sabatrion Du Lérot ne coûte que 15 €. La quatrième de couverture renseigne le lecteur sur ce qui l’attend

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    « Fin 1936. Un médecin aliéniste exhume le journal intime de Sabatrion, un interné se prenant pour le diable (…). Il découvre alors une chronique terrifiante - sorte d’Apocalypse inversée (…).

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    D’une guerre à l’autre, dans cet hallucinant pamphlet des derniers temps, (…) Théophile Briant (1891-1956), gardien d’un phare en occident (…), nous livre un texte saisissant, aux accents prophétiques, sur l’homme et sur son rapport à la modernité ».

    Pour les lecteurs qui aiment leur confort, il existe une version collector imprimée sur un papier de qualité supérieure. Elle est forcément un peu plus chère (pas trop) mais elle n’a été réalisée qu’à 25 exemplaires.

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  • Jean Bordes retrouve Galey

    A Galey dans l’Ariège, le temps de Bordes est venu. C’était samedi la Fête de la pomme et jusqu’au 4 novembre 2018 le village célèbre un de ses plus créatifs enfants.

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    Jean Bordes (1916-1985), sa vie durant, à côté d’occupations nécessaires (foins, vaches, fagots), s’adonna à la recherche d’objets brisés et abandonnés à la décharge dont il faisait, par ligatures, d’étonnants assemblages, tenant du jouet et de la sculpture moderne. Œuvres dépourvues de toute autre utilité qu’artistique. Sécrétions pure d’une intelligence des mains autant que du cœur.

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    Elles sont aujourd’hui à l’abri à La Fabuloserie de Dicy dans l’Yonne. C’est à Jano Pesset d’Orgibet, un village voisin de Galey qu’on le doit. A la disparition de Jean Bordes, il fit mentir l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays. Promises au néant par necessité de remise en ordre, les pièces de Jean Bordes, témoignant de son génie du recyclage, trouvèrent leur destination.

    jean bordes portrait.jpgL’ancienne mairie de Galey avec cette exposition de photographies, de textes et de documents porte l’éclairage sur ce personnage captivant, d’une élégance « mal fagotée » mais qui œuvrait comme un oiseau fait son nid.

    Peu de littérature jusqu’à présent lui a été consacrée. Mis à part l’article de Pesset dans le numéro 11 de la revue L’œuf sauvage en 2012 auquel j’emprunte le portrait de monsieur Bordes,

     

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    on peut signaler celui de Jean-Louis Lanoux (Jean Bordes ou l’art de fagoter) paru dans le numéro 2 de la revue Création Franche en 1991.

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    L’exposition de Galey promet des témoignages de ses habitants. Une collecte qui s’imposait.

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  • Dubuffet à Paterson

    Que ce soit pour les cupcakes, pour Marvin le bouledogue (Palme Dog 2016 à Cannes)

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    ou pour William Carlos Williams, on peut voir et revoir Paterson, le film de Jim Jarmusch.

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    Toutes les occasions sont bonnes de se plonger dans son ambiance si décalée des frénésies formalistes hollywoodiennes.

    Lundi 29 octobre 2018 il passe sur Ciné Émotion à 13h30 et encore le dimanche 4 novembre à 18h05 et mardi 6 novembre à 22h40 sur la même chaîne.

    Même si les chiens, les petits gâteaux et le New Jersey vous laissent froids, même si la vie d’un chauffeur de bus n’est pas à priori votre tasse de thé, consommez sans modération Paterson jusqu’à son étonnante séquence finale où le héros, déprimé par la perte de son carnet intime boulotté par son bouledogue, reprend goût à la vie face aux chutes de la rivière Passaic.

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    Ceci grâce à la rencontre d’un inconnu, un voyageur japonais (l’acteur Masatoshi Nagase) qui fait un pèlerinage littéraire dans le coin.

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    Celui-ci, qui est écrivain, détecte la passion d’écrire chez son interlocuteur américain. Cherchant à vaincre ses réticences et à lui prouver combien sa profession banale peut être source d’inspiration, il lui objecte cette certitude enrobée dans une question : « Did you know interesting french artist Jean Dubuffet was meteorologist on top of Eiffel Tower Paris in 1922 ? Very poetic ».

    D’autant plus poétique que c’est Frank O’Hara, fameux poète de l’École de New York, qui lui aurait appris ce détail dit le Japonais. Pourquoi pas ? O’Hara savait sûrement que c’est lors de son affectation aux services météo pendant son service militaire que Dubuffet s’intéressa aux « observations » de Clementine Ripoche, visionnaire dans les nuages.

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  • Si peu

    De Si peu, poème en prose de Jean Grosjean, paru en 2001 :

    « Nos libertés sont les ruissellements de l’instinct ou de la mode. Nos pensées sont des éponges imbibées de culture et de propagande. Chacun n’est soi et friable que par instants, à l’insu du train de ce monde. »

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    Et puis, dans la même section intitulée Le Silence, ceci qui n’est pas mal non plus :

    « Et il y a les guerres comme si elles voulaient dire quelque chose, et les dieux des peuples comme autant d’imbécillités statufiées, encensées, tedeumisées (*). Plutôt rester sauvage. »

    (*) de Te Deum (hymne en latin)

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  • La Constitution pour les nuls

    Pas besoin de jouir d’une bonne constitution ou d’entrer gaillardement dans la légion des sexagénaires pour tirer des feux d’artifice en l’honneur de Gustave Arthur Dassonville. Que l’on soit minot ou daron, ce typographe, adepte du Brûlot (un fanzine qu’il rédigea tout seul sa vie durant) mérite notre respect. Chacun ses cérémonies de célébration après tout ! Et les moins officielles ne sont pas les pires.

    Dans une époque où la com du petit prince qui nous gouverne nous gave de louanges sur la sacro-sainte règle du jeu de la république, héritée de notre (grand) père fondateur, il est sain, il est juste, il est bon de se tourner vers un pamphlet publié en 1965 et en catimini par Dassonville. D’autant que la lecture de celui-ci ne risque pas de nous prendre la tête.

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    Selon Eric Dussert, ce rare et fragile document constitue le chef d’œuvre de G.A.D. Il n’en consiste pas moins en 4 pages numérotées dont 3 sont blanches (c’est à dire rouges car l’impression est sur papier de boucherie) et la première seulement porteuse du titre, à vrai dire assez évocateur.

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    On notera que Gustave Arthur s’abstient d’y nommer sa cible : ce général en résidence secondaire dans un village aux deux églises. Suprème désinvolture de cette « diatribe silencieuse » (dixit Dussert) ! Invective d’autant plus efficace qu’elle reste minimale !

    dassonville portrait.jpgDes années durant, Dassonville promena sa rondeur pince-sans-rire et ses cigares malodorants dans les librairies parisiennes dont il fut une figure fétiche, rassemblant des données sur l’imprimeur-éditeur François Bernouard. On le voit mal aujourd’hui sur un plateau de télévision. Il n’empêche que son Hommage à la Ve est un doigt d’honneur autrement plus long que cette rustaude Lettre à Manu récemment commise par l’une de nos grosses têtes philosophiques.

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  • La tarentule du modernisme

    « Mon concierge possédait un tableau à musique. Lorsque la petite horloge, incrustée dans le clocher que vous imaginez, marquait midi, un ingénieux carillon, dissimulé derrière la toile, jouait : Ah ! vous dirais-je maman C’était très drôle. Tous les visiteurs ne manquaient jamais de s’émerveiller.

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    Or, il y a un mois, mon concierge fut, lui aussi, piqué de la tarentule du modernisme artistique. Il fit repeindre son tableau par un élève de M. Signac. Il fit changer le mécanisme du carillon. Aujourd’hui le clocher s’érige dans une pluie de petits pains à cacheter multicolores, et quand l’horloge marque midi, le nouveau carillon joue La Chevauchée des Walkyries. »

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    Albert Aurier

    Le Faux dilettantisme.

    In Textes critiques 1889-1892.

    De l’Impressionnisme au Symbolisme.

     

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  • Jacques Pascal et ses Pétètes

    Jacques Pascal : un nom tout simple qui mérite d’être retenu. Dans la Galerie des hommes non-illustres qu’on aime à arpenter ici, ce tailleur de pierre a toute sa place. Auprès de François Michaud notamment, le maçon de la Creuse, qu’il précède de près d’un siècle. Comme Michaud, Pascal appartient à cette confrèrie anonyme des sculpteurs qui œuvraient dans leurs communautés rurales sans avoir appris les règles de l’art en vigueur de leur temps, ne se fiant qu’à leur instinct de créateurs servis par une habileté manuelle développée par leurs activités laborieuses. Si Michaud fut le serviteur de son village qu’il ornementa à partir de sa maison, Jacques Pascal trouva dans un modeste édifice religieux du Champsaur son terrain d’exercice.

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    Aujourd’hui sa chapelle des Pétètes est devenu un must touristique du département des Hautes-Alpes.

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    Les reproductions abondent de ces « poupées » (terme consacré par la tradition locale) nichées par Jacques Pascal vers 1740 dans la façade de Saint-Grégoire dans le hameau de l’Aubérie, sur la commune de Bénévent-et-Charbillac, récemment absorbée par Saint-Bonnet-en-Champsaur.

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    Poupées est sans doute un faible mot pour ces curieuses faces de lune et ces figurines hiératiques et sommaires, dépourvues de bras mais non d’expressivité muette et intense.

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    Il est difficile de savoir si Pascal réalisa ses sculptures pour décorer la chapelle ou s’il édifia celle-ci pour servir d’écrin à sa production lapidaire.

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    Mais si l’édifice n’est pas sans parenté avec d’anciennes maisons de la montagne (large voûte surplombant une porte cloutée), les sculptures qui ne représentent que vaguement la Vierge et les saints ont trop d’originalité pour ne pas afficher leur indépendance.

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    logo aesculape.jpgDans un article paru en 1939 dans la revue Aesculape, Jacques Vié et Robert Waitz ne peuvent s’empêcher de risquer, à leur propos, des rapprochements avec des œuvres d’un primitivisme véritable : sculptures bretonnes du XVIe siècle, sculptures de l’Amérique précolombienne.

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     On notera qu’alors la rumeur populaire attribuait à « un berger du pays » la paternité de l’œuvre de Jacques Pascal. On notera aussi que Vié et Waitz font état de la découverte par leurs soins d’une « autre pierre gravée de la même facture » (datée de 1746) à Saint-Bonnet « au bord d’un chemin non loin du pont du Drac ».pierre gravée.jpg

     

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  • Un troglodydacte arménien

    Honneurs aux bâtisseurs sauvages d’accord ! Mais en ces temps caniculaires, où l’on s’enfouirait bien pour trouver la fraîcheur, célébrons aussi les « troglodydactes ».

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    Le prodigieux Levon Gharibian, par exemple, dont une dépêche de l’AFP a révélé récemment l’existence.

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    23 ans durant cet Arménien opiniâtre a consacré sa vie à la réalisation d’un ambitieux labyrinthe sous sa maison d’Arinj.

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    Il semble que, dans cette petite ville située près d’Erevan, cette création extraordinaire soit devenue une attraction touristique.

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    Levon's Divine Underground

    C’est sa veuve Tossia qui organise les visites.

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    Levon s’est plu à se représenter sur le mur de son jardin en sa compagnie.

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    Mais il a conçu aussi pour son réseau de galeries toute une décoration qui n’est pas sans rapport avec les traditions locales des édifices religieux.

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  • Chemin du veilleur solitaire

    Solitaire en son jardin, il tourne le dos à la route qui est plutôt chemin menant à un mas. C’est un petit personnage fièrot, cambrant la taille et les mains sur les hanches.

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    Une de ces créatures en ciment qu’affectionnent les sculpteurs de campagne. Manches relevées. Pas jeune : avec des restes de polychromie au dos. A vue de nez, des années soixante du siècle dernier.

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    Figure tutélaire qui veille sur sa maison -aujourd’hui transformée en Entreprise- avec on ne sait quel orgueil du travail bien fait dans la posture. Grand comme un enfant de 10 ans.

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    Quelques vestiges adjacents, certains indices trouvés aux alentours, permettent de dire que cette œuvre rurale faisait partie d’un modeste groupe comprenant aussi un âne et sa charrette et au moins deux maisons miniatures autour d’un puits.

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    D’autres investigations attestent de la présence d’une arène, d’un singe, d’un joueur de clairon, d’une Blanche Neige avec ses nains sur ce parterre.

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    Il n’en reste presque rien même si ces sujets étaient, semble-t-il, encore visibles (quoique noyés dans la végétation) il y a un an ou deux. Ce menu fretin sculptural, dégradé par le temps, a dû faire place à des activités moins bucoliques.

    Reste le petit veilleur qui a eu la chance d’échapper aux implacables recensements des créations de plein air menées par des traqueurs de chimères peu respectueux de la ressource.

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    Il témoigne de l’art serein d’un paysan d’autrefois dont il pourrait être un autoportrait.

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    Laissons à sa vigilance cette statue et gardons nous de la localiser trop précisément. Il suffit de savoir ici qu’elle niche au sud-est de la France dans le plus poétique anonymat

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  • M. R. et M. R. : duo de poètes disparus

    Maurice Remontrant appartient au cortège des poètes trop tôt disparus dans des circonstances dramatiques. Sous les assauts conjugués d’une pleurésie et du découragement, sa jeune vie s’est achevée à l’hôpital psychiatrique de Cahors en 1965. Il avait 21 ans et il serait aujourd’hui totalement oublié si un interne de cet établissement, le docteur Larchet n’avait pu sauver sa mémoire. Passionné par les écrits de malades mentaux, Larchet exhuma des manuscrits de Remontrant de la bibliothèque de l’hôpital. Pour les mettre à la disposition des chercheurs, il les présenta à la presse le 20 novembre 1976.

    Aucune édition n’en fut faite car on s’aperçut vite qu’ils avaient été déjà publiés sous un autre nom. Celui du romancier Marc Ronceraille (1941-1973), « poète maudit » et sportif de haut niveau. Un accident de montagne mit fin à la carrière de ce play boy des lettres des années 70, si prématurément qu’on peut douter de nos jours de son existence. Ronceraille n’en figure pas moins, aux côtés de Roland Barthes, Boris Pasternak ou Virginia Woolf dans la fameuse Collection Ecrivains de toujours, cette Pléiade du Seuil.

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    C’est dans ce volume –le centième de la Collection– publié en 1978 que l’on trouve le peu de renseignements dont on dispose sur Maurice Remontrant. Sous la plume de Philippe Morand qui nous campe un garçon exigeant et inquiet, nerveux et capable d’« éclairs extraordinaires ». Plutôt petit, mince, « avec des cheveux très noirs, mal peignés, une grande mèche lui tombant sur les yeux, des yeux très vifs, presque inquiétants (…). On l’aperçoit sur une photo en compagnie de Marc.

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    Maurice Remontrant était « l’aiguillon » de l’école poétique de Saint-Jean d’Angély groupée autour d’une revue artisanale d’avant-garde Le Centripète. Sous le pseudonyme de Lésaimère (allusion à leurs initiales communes), les deux poètes y donnèrent aussi des textes à quatre mains.

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    Cette conduite littéraire fusionnelle fut-elle fatale à Maurice ? Autorisa-t-elle Marc à s’attribuer la paternité de L’Architaupe, Sol mémorable, Runes et L’Imagerie mécanique du professeur Batave qui forment l’essentiel de l’œuvre ?

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    Toujours est-il que le destin de Remontant fut scellé. Souffrant de névralgies, dépressif après la mort de ses parents, il fut contraint d’entrer à l’asile « à la suite d’un esclandre » dont on ignore la nature. Tenter de l’imaginer nous entraînerait dans la légende, c’est-à-dire dans la supercherie.

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  • Crise d’aquarelle!

    Un peintre qui refait sans cesse le même tableau a de quoi piquer la curiosité d’un lecteur quand il le rencontre dans un livre. Surtout si le tableau représente simplement une souche d’arbre au milieu d’une clairière avec un oiseau perché dessus. Le lieu d’exposition de cette œuvre unique dont seules les couleurs varient avec les saisons n’est pas moins banal. Non une galerie ou un musée d’art contemporain mais un grand magasin de Montréal dans les années soixante.

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    Difficile de croire que Michel Tremblay, né sur le Plateau, n’exploite pas ses souvenirs d’enfance dans Le Peintre d’aquarelles.

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    Même si le héros de ce roman qui a l’âge de l’auteur et qui produit comme lui de désarmantes images minimalistes ajoute sa dimension photosensible à l’évocation du peintre d’un établissements aujourd’hui disparu.

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    « [Il] peignait sur place, de neuf à cinq, six jours par semaine. (…) Ses tableaux se vendaient comme des petits pains chauds. (…) On l’avait installé à droite de l’entrée dans une espèce de petit atelier. (…) Il installait les œuvres à vendre sur des chevalets, il était donc entouré de dizaines de copies de celle qu’il était en train de faire. »

    Marcel, le narrateur, surnommé Pigeon, est fasciné. Quand il va au magasin avec sa mère ou avec sa tante, il les tire «invariablement vers l’atelier du vieux monsieur à la pipe »Sa mère trouve que le peintre est fou. Sa tante déclare parfois qu’elle accrocherait bien trois de ses tableaux chez eux : « J’trouve que ça nous ressemble : toujours la même chose, juste des détails qui changent. ».

    C’est cette tante Nana qui portera assistance au petit Marcel lors de cette épisode qui fait de la quarante et unième page du roman de Tremblay publié chez Actes Sud, un morceau de bravoure.

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    « Une fois j’étais resté trop longtemps devant les tableaux », raconte Marcel, « et, est-ce la répétition de la même image qui avait produit en moi un effet de stroboscope, je ne l’ai jamais su, j’avais fait une crise d’épilepsie en plein magasin L. N. (Louis-Napoléon) Messier ».

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  • Dans l’Antre de la mère Mansut

    La mère Mansut n’existe plus. Les bouquinistes se font rares, même à Paris. Mais longtemps, longtemps après que ceux-ci auront disparu, le souvenir de cette marchande analphabète brillera au firmament interstiCiel.

    Henry Murger dans ses Scènes de la vie de Bohême (1851), Alexandre Dumas fils dans L’Ami des femmes (1864) en font mention. Elle faisait bien dans leurs paysages.

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    magies-secretes.jpgAujourd’hui encore, on la croise lors d’une enquête de Georges Beauregard, un roman fantastique de Hervé Jubert.

    banville par nadar.jpgMais celui qui a le mieux campé ce personnage romanesque c’est le poète Théodore de Banville dans un texte pour Paris-Guide, ouvrage encyclopédique collectif paru pour l’exposition universelle de 1869.

    Son titre : Le Quartier latin et la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il a été réédité à part en 1926.

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    Entrons, page 25, « en face du collège Louis-le-Grand »

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    dans « la célèbre et indescriptible boutique de la Mère Mansut » rue Saint-Jacques. « (…) une immense pièce nullement rangée ni ordonnée, sans devantures, sans fenêtres, sans armoires ni rayons, des milliers et des milliers de volumes engouffrés, entassés, jetés les uns sur les autres dans la nuit et dans la poussière. La mère Mansut achetait en connaisseur, sans se tromper d’un sou, les livres qu’on venait lui offrir, et elle les jetait sur le tas ».

    Un client venait-il à lui demander quelque chose, « la mère Mansut s’élançait comme un singe sur la montagne de livres, et là, farfouillant de ses pieds, de son front, de ses mains armées de griffes, cette bizarre femme, qui ne savait ni lire ni écrire, mais dont la mémoire eût défié celle de Pic de la Mirandole, trouvait du premier coup et sans se tromper jamais, l’édition demandée ».

    La suite, concernant la toilette et la cuisine de cette créature aux « cheveux blonds ébouriffés » serait sans doute délectable mais Banville se contente de nous dire que la mère Mansut faisait l’une et l’autre « dans la rue, en plein air, sur un trépied ».

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    Avant de conclure en homme cultivé qu’il était : « comme la sibylle antique ».

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  • To pee or not to pee

    Faut-il signer ? Faut-il pas ? Le problème de la signature empoisonne l’existence des artistes. Ceux qui signent un urinoir comme ceux dont l’œuvre se résume à leur signature.

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    Répond-t-on oui à la première question que celle des façons de procéder se pose. A l’huile, au crayon, à la plume, au goudron ? En bas, en haut, à l’envers, au milieu ? Tout est permis. Bien avant Jean Dubuffet, l’industrieux dix-neuvième siècle cherchait déjà du côté des vessies pour éclairer notre lanterne.

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    Dans Nuits à Paris, un livre de Rodolphe Darzens et Adolphe Willette (un gras et un maigre) paru en 1889, on trouve, à propos de la cellule de dégrisement (le violon), une note illustrée relative à une coutume décorative aujourd’hui tombée en désuétude : « On couche au violon, par exemple, pour avoir signé son nom sur l’asphalte des trottoirs, en … l’arrosant ».

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    Rien que pour ça, il faut remercier Viviane Hamy d’avoir, en 1994, réédité ce guide by night fin de siècle de deux noctambules pisseurs de copie.

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  • Quatre roses pour un album

    Rose Mercie à priori avait tout pour passer loin de nos oreilles. Nos activités blogueuses nous entraînant davantage vers les régions plastiques et littéraires que vers les territoires indépendants de l’indie rock, nous avions toutes les raisons d’ignorer ce groupe de 4 musiciennes polyvalentes, pas encore trentenaires ou à peine.

    C’eut été dommage, pour utiliser le beau langage. Reconnaissance à celui-ci ! Il nous a mis sur la piste de ce quatuor qui fait circuler les voix, les guitares, les batteries et les synthétiseurs sur des voies de création peu empruntées. Les mouches ne s’attrapant pas avec du vinaigre, c’est à la lecture d’un papier de Laurent Thore trouvé dans les méandres du Net que nous devons la découverte du premier album des Rose Mercie.

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    Nous ignorons si Laurent Thore est écrivain. On sait qu’il est Auvergnat. On le présente comme un chroniqueur - voire un rédacteur - pour des sites musicaux spécialisés. Mais comment ne pas reconnaître un bon article critique quand on en rencontre un ? Celui que Thore vient de donner à indiemusic a la chaleur communicative de l’enthousiasme alliée à la lucidité analytique de l’observateur. Peut-être parce que DJ lui-même, sous le pseudonyme de Deejay Doublelow, Thore est pour ainsi dire du bâtiment.

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    Son érudition s’appuie sur le concret des choses. Et cela suffit à piquer notre curiosité. A ouvrir notre ouïe anesthésiée par la nécessité de supporter la soupe intrusive dans laquelle nous baignons du fait des ritournelles publicitaires, des sonneries de téléphone, des hits du moment.

    Les cinéphiles qui, l’année dernière, ont vu Avant la fin de l’été, le film de Maryam Goormaghtigh, se souviennent que dans ce road movie relatant les pérégrinations de trois étudiants iraniens en France, les personnages croisent le chemin de deux rockeuses en tournée. Charlotte et Michèle, deux des Rose Mercie engagées pour jouer leur propre rôle.

    Des autres membres du groupe, qui ont pour prénoms Inès et Louann, émanent, comme de leurs partenaires, une spontanéité sans artifices sur les photos. Cette authenticité fragile, elles savent la préserver dans leurs morceaux.

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    Elle contraste avec un néo-conformisme carriériste qui se pare des plumes du Do It Yourself pour paraître décalé à peu de frais. En tous domaines, les esprits formatés s’entendent au détriment de ceux qu’ils croient réduire à la case autodidactes. Laurent Thore est plus respectueux

    .

    Dans son travail de DJ, il s’est approché du chant des sirènes. Il nous invite à ne pas résister à celui des Rose Mercie. Laissons nous donc envelopper dans leurs mélopées souterraines, dans leurs mélodies bouclées où la tonalité tenue, le retour hypnotique du même, la ligne subtilement accidentée accompagne le cœur et la pensée.

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