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Valeurs sauvages

  • Inuuk : une expo arlésienne

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    Hiver du bonnet rose. La Provence en polaire. Temps idéal pour la sculpture du grand nord. Présences inuit à Sainte-Anne d’Arles.

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    Adieu les taureaux de l’été. Place à l’ours bleu de Lucy Qinnuayak (1915-1952) du Cap Dorset. Fin, puissant, élégant dans la neige du papier.

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    Les expositions sur l’art inuit sont assez rares en France pour qu’on signale celle-ci qui se tiendra jusqu’au 29 janvier 2017. Inuuk n’a que le défaut d’être courte. Mais elle a le mérite de présenter de belles pièces dans un contexte qui, pour une fois, n’est pas celui de la capitale. Certaines sont anciennes comme ce grappin où la différence entre fonctionnalité et beauté s’abolit.

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    L’exposition Inuuk a bénéficié de plusieurs concours, au premier rang desquels Art Inuit Paris.

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    Un masque d’Alaska, une créature en vertèbre de caribou,

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    un félin en os de baleine et cornes de bœuf musqué,

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    une bête spongieuse et griffue proviennent de la Collection de cette Galerie.

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    D’autres monstres… si tant est qu’on puisse mêler la tératologie à ces transformations magiques où le créateur-chasseur lit dans un os la forme d’un mufle.

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    Appartiennent aussi à la Collection AIP deux œuvres de la féconde période des années 60-7O où les Inuits conservaient encore un lien direct avec une source mentale chamanique.

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    Une loutre en bois de caribou, à la gracilité si fluide. Sedna, déesse légendaire du peuple inuit où nous l’on serait tente, à tort, de voir une sirène.

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    L’originalité de cette exposition arlésienne c’est aussi qu’elle ne s’enferme pas dans le passé. En témoigne les présences réelles de deux artistes inuit qui nous ont fait l’honneur de venir résider momentanément à Arles.

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    Billy Gauthier vient de Happy Valley dans le nord-est du Canada. Bill Nasogaluak est originaire des territoires du nord-ouest. Accoutumés à la concentration, ils oeuvrent en live tout en répondant avec gentillesse aux questions des visiteurs sur l’utilisation des instruments modernes et sur leurs façons d’interpréter les mythes et les traditions.

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  • Se faire des cheveux dans les bois

    La culture des valeurs sauvages ramène dans les bois où le fou n’y est plus. lucien duc.jpg

    Promenons nous dans le massif des Maures avec le poète Lucien Duc (1849-1915).

    Dans ses souvenirs de jeunesse : En Provence (1893), Duc, le félibre de Valaurie, relate un triste événement survenu près de 25 ans avant.

    Celui de la mort d’un doux sage asphyxié dans l’incendie qui dévora en 1867 une partie de la forêt. Laurent L., plus connu comme Le Sauvage du Var.

    Laurent était une « sorte de Robinson improvisé » nous dit Duc. Depuis 30 ans, il « n’avait pas quitté le bois où il vivait de racines, de fruits sauvages, de champignons et de produits de sa chasse au piège ».

    30 ans, cela nous ramène en 1837. Bien avant la parution de Walden or Life in the woods d’Henry David Thoreau qui date de 1854. cabane walden.jpg

    Mais on ne peut manquer de risquer un parallèle entre eux. Laurent comme Henry David s’écartant de la civilisation sans rompre tous liens avec elle.

    « Singulier personnage », poursuit Lucien Duc, « qui s’était volontairement séparé de ses semblables, privé des douceurs de l’existence et qui consacrait le produit des plantes médicinales qu’il vendait aux pharmaciens de Pierrefeu ou de Collobrières, par l’entremise de quelques bûcherons, à se procurer (…) du tabac et des journaux ».

    Cette singularité en fait allait plus loin. Suffisamment loin pour intéresser le Dr Ernest Mesnet qui consacra à ce « beau cas » une Étude médico-psychologique que Laurent Cerise (1807-1869), éminent médecin et philanthrope, seconda de son autorité.

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    Le Sauvage du Var n’était pas, comme l’ermite américain, un écrivain. Il y a longtemps déjà j’ai signalé, dans la rubrique Body Art d’un livre collectif paru chez Actes Sud (abcd une collection d’art brut), les pratiques autarciques de cet homme inoffensif qui, se prenant lui-même comme un gisement, faisait « la récolte de son corps », conservant ses cheveux et les poils de sa barbe pour s’en tisser un manteau. L’exploitation de cette pilosité généreuse aboutissait à des traitements de son invention.

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    Ainsi le sauvage du Var s’enduisait-il « la tête et le menton d’une matière visqueuse, noire et brillante qu’il tirait de l’écorce des chênes verts ».

    Ainsi se parait-il de dreadlocks avant la lettre, disposées « en turban autour de son crâne et en virgules sur ses joues ».

    Enrichissant son visage « d’appendices bizarres ressemblant aux mandibules d’un insecte » comme on peut le voir sur une gravure d’époque.

    Aujourd’hui encore, comment ne pas être sidéré par ces conduites, d’autant plus artistiques qu’elles ne prétendaient pas l’être ? Et sans équivalent dans la culture de leur temps, faut-il le souligner ?

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