Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Matières plastiques

  • Æsculape c’est Byzance

    Un curieux dessin polygonal. C’est le titre d’un article paru en décembre 1911 dans le n° 12 d’Æsculape, une revue traitant des sciences, des lettres et des arts dans leurs rapports avec la médecine.

    aesculape.jpg

    Article illustré par un portrait de « genre byzantin » qui a tout de suite rappelé quelque chose à notre camarade Ani. En août 2010 et juin 2013, sur son blogue Animula Vagula, elle avait posté de fantômatiques images visiblement de la même main. Elles étaient dues à une certaine Marie Egoroff.

    Le dessin d’Æsculape émane « d’une dame n’ayant étudié ni le dessin ni la peinture » dont les initiales sont : C.-B. d. l. T. S’agit-il d’un pseudonyme adopté tardivement pour protéger l’anonymat de l’auteur ? Voilà le mystère qui s’épaissit, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Le texte dont l’artiste a accompagné son dessin nous en apprend pas mal sur ce créateur habile à naviguer entre divers courants.

    IMG_20180331_0001.jpg

    C.-B. d. l. T. réfute l’opinion selon laquelle ses dessins auraient été obtenus par la suggestion hypnotique. Plusieurs de ses portraits ont certes été réalisés en présence de psychologues dont Théodore Flournoy, célèbre pour ses travaux avec le medium-artiste Helen Smith (1961-1929). Mais « ces messieurs se sont abstenus de toute intervention ».

    Ne subissant aucune modification de son état de conscience quand elle dessine Madame C.-B. d. l. T. (ou plus vraisemblablement Marie Egoroff) écarte toute idée d’auto-suggestion. Il suffit simplement que sa main « munie d’un crayon (…) se pose sur le papier pour qu’aussitôt » son bras « se mette en mouvement et traces des hachures, des traits d’une finesse extrême, comme burinés (…) ». Il ne faut cependant pas, selon elle, « classer cette médiumnité parmi les cas pathologiques ». La dessinatrice souligne son extraordinaire bonne santé, parle de son « caractère très modéré ». Elle n’est, dit-elle, « ni enthousiaste, ni imaginative » et son humeur « est parfaitement égale ».

    Etrange insistance qui révèle peut-être qu’entre 1894-1898 (dates des œuvres signalées par Animula) et 1911 (date de l’article d’Æsculape) Marie Egoroff a ressenti les inconvénients d’une popularité paranormale. Tout au plus admet-elle que son « don » lui semble « miraculeux ». Elle nous éclaire aussi sur les conditions d’exécution de ses portraits : « en moins d’une heure, souvent même sans regarder pendant plusieurs minutes ce que je fais, sans savoir en tous cas ce que cela va donner jusqu’à la fin ». Fin qui coïncide avec le remplissage total de la feuille.

    Lien permanent Catégories : Fragments, Hommes non illustres, Les mots pour le dire, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Vieux chameaux

    Le désert appelle le chameau comme la saucisse la moutarde. Qu’est-ce qu’un chameau ? Pas seulement une personne vache. « Un chameau c’est un cheval dessiné par une commission d’experts » dit Francis Blanche. Un chameau ou un dromadaire : on n’est pas à une bosse près! Des camélidés en tous cas.

    chameau 2.jpg

    On vient d’en découvrir un petit troupeau pas loin de Sakaka sur trois éperons rocheux (trois bosses en somme) dans une zone quasiment inexplorée de la province d’Al-jawf. 

    6046843.jpg

    Du genre monumental les chameaux, sculptés en haut et bas-reliefs. On soupçonne les Nabatéens, un peuple ancien de l’est du Jourdain d’avoir fait le coup.

    fig_5_cnrs.jpg

    Il fallait pourtant être un peu à l’ouest pour aller faire du land art dans ce coin sans flotte de l’Arabie saoudite à l’interstice de l’antiquité et du premier millénaire de notre ère.

     

    Lien permanent Catégories : Fragments, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Les mosaïques exaltées de Louis Terrasse

    Encore Vialatte et Bonaparte toujours. Ou comment l’Égypte ramène à l’Auvergne. Le Dilettante, en 2002, a publié Au coin du désert, un recueil de textes du grand Alexandre écrits à l’ombre des Pyramides en 1938. Lecture idéale en ces temps où l’on passe sans transition de la froidure neigeuse à la douceur printanière.

    couv.jpg

    « En passant dans la rue Jacob » écrit Vialatte, « il m’a semblé sentir soudain souffler le vent d’Aboukir. J’avais vu, derrière une vitre, Bonaparte qui me regardait de ses yeux qui nous suivent encore ».

    Et notre chroniqueur d’énumérer les lieux où l’image du conquérant corse se retrouve. « En culotte blanche dans les petits cafés d’Alexandrie, sur des calendriers-réclames », « au musée de l’Orangerie dans le pêle-mêle glauque et mordoré des antiquailles et des estampes ». L’auteur évoque les Mayençais qui « fleurissent la tombe de ses grognards ».

    Et puis il nous livre soudain un de ses morceaux de curiosité dont il a le secret : « le garde champêtre de Viverols, dans le Puy-de-Dôme, l’immortalise en mosaïques exaltées faites d’ivoire, d’écaille d’huître et de boutons de culotte ! ». On aimerait voir ça.

    napoleon alpes 2.jpg

    Petrus Batselier, dans un article paru en 1997 dans le Dossier Vialatte de L’Âge d’homme (AV le temps d’un pique nique avec Père Ubu et trois satrapes) nous en apprend davantage. Le garde champêtre s’appelait Terrasse. Il exerça divers métiers dont celui de menuisier et de restaurateur.

    labor improbus.jpg

    A 11 ans, « Le début de sa carrière artistique consista en une reproduction en ruche de pin, inspirée par l’image du cahier d’école de marque Labor improbus.

    napoleon ratisbonne 3.jpg

    Il réalisa ensuite ses rêves –Passage des Alpes, Napoléon devant Ratisbonne, la Bataille des Pyramides etc.– en écaille d’huître et en boule de billard ».

    coupure 2.jpg

    maquette 3.jpg

    cathedrale-de-moulins-louis-terrasse.png

    Créateur d’un Musée des Merveilles dans sa salle à manger, Terrasse est aussi l’auteur d’un objet poétique par l’adaptation d’un guidon de bicyclette à une faux.

    Et c’est ainsi…

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Marcio : un sage à la plage

    Brésilien. Le roi du château de sable est brésilien. Il s’appelle Marcio. Marcio Mizael Matolias et il œuvre sur la plage à Rio de Janeiro. Une construction belle comme un camion et haute de même.

    1021254.jpg

    Photo AFP

    Des performances de cette sorte sont remarquables mais pas si rares. On en a soupé des concours de plage et du perfectionnisme de sable monté en graine. Mais là c’est différent. Parce que Marcio vit dans son château. Il s’y est aménagé une chambrette-bibliothèque, lui qui aime à promouvoir la lecture.

    marcio biblio.jpg

    Photo AFP

    InterstiCielle architecture éphémère s’il en est ! D’autant plus éphémère que la vague touristique vient naturellement lécher son rivage jusqu’à mettre en question son « work in progress » toujours renouvelé.

    l'internationale intersticielle,marcio mizael matolias,rio de janeiro,château de sable

    La nouvelle de son existence nous parvient d’ailleurs au gré d’un processus de médiatisation qui bientôt aura raison de cet espace de vraie liberté.

    marcio roi 2.jpg

    Photo AFP

    Heureusement Marcio a de la ressource. Il est conscient que cette marée de popularité finira par l’atteindre. Il songe à rebondir, caresse son chien, projette de monter un atelier où s’adonner à d’autres formes d’art. C’est un sage.

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Poubelles rebelles à Tréboul

    Une bonne nouvelle pour commencer l’année.

    On a relâché le graffitiste de Douarnenez qui se livrait en catimini à l’inventaire général des titres de films sur les poubelles de sa ville.

    l'internationale intersticielle,

    Affaire à suivre cependant car la restauration à l’identique de ces pièces maîtresses du mobilier urbain coûterait paraît-il une fortune aux contribuables finistériens. Souhaitons que les tribunaux fassent preuve en cette affaire d’autant de compréhension et de célérité que la maréchaussée.

    l'internationale intersticielle,

    Celle-ci n’ayant pas mis plus de 4 mois pour appréhender en douceur le présumé cinéphile après que ses agissements iconoclastes (mais artistiques) aient été signalés sur un blogue amateur de pied dans le plat.

    Lien permanent Catégories : Ecrans, Fragments, Hommes non illustres, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Art rebelle : do it !

    La rébellion se cultive. Non comme les salades dont on nous gave à coups de pesticides médiatiques. Mais par la seule force bio du bon vieux DIY. Rebel Rebel, à première vue ça ne nous rajeunit pas mais ça fait salon aujourd’hui.

    salon rebel rebel 2017.jpeg

    Comme à Marseille où le FRAC PACA s’est paré en octobre dernier du bandeau de pirate cher à David Bowie.

    rebel rebel.gif

    « Rebel rebel, you’ve torn your dress » : facile à dire mais pas facile à faire dans un défilé d’art contemporain pur laine !

    Une publication réalisée pour l’occasion par Seitoung tire cependant son épingle de ce jeu officiel. 100 % Do It Yourself, ce recueil d’un artiste au service du fanzinart depuis 1984, rassemble 52 manifestes pour un art rebelle.

    couv_52.JPG

    Inspirés (entre autres) par les idées de Istvan Kantor, Vihls, Antony Squizzato, Laura Morsch-Kihn et Orlan (en figure de proue), ces textes percutants et drôles, indisciplinés et informés semblent rédigés par Melayne Seitoung lui-même.

    melayne seitoung.jpg

    A l’exception bien sûr de l’à propos de l’Internationale interstiCielle qui, en invité reconnaissant, joue son rôle de cheveu sur une soupe déjà riche en ingrédients.

    Tout cela, diront certains, n’est pas limpide mais il ne manquerait plus qu’on s’y retrouve ! Un peu d’obscurité ne nuit pas au message. Il suffit de se ménager une entrée dans le corpus rebelle.

    zinewallisme.jpg

    Celle du Zinewallisme par exemple montre combien Seitoung, dans ses activités éditoriales, a conscience de se mouvoir sur un fil interstiCiel : « Le monde de l’art veut mettre les fanzines dans des musées, des collections, derrière des vitrines et celui d’Internet les veut numérisés et partagés par le plus grand nombre. Aucune de ces deux attitudes n’incarne la radicalité des objets eux-mêmes. Ce paradoxe est dépassé par le zinewall ».

    Happy few, n’attendez donc pas pour accrocher les 52 manifestes sur votre mur de zines ! Suivant les lois du genre, le tirage est très restreint. Ce livre, marqué au coin d’un ludisme élégant mais pensé, nous épargne l’autodérision élitiste qui caractérise les pesanteurs pataphysiques.

    couv.JPG

    On y frôle cependant (sans jamais tomber dans l’un ou l’autre) l’oupeimpo, fluxus, l’actionnisme viennois, l’institut du vandalisme et le jeu du piment. Le lecteur peut ainsi picorer à sa guise :

    le toyisme

    toying.jpg

    le sloganisme

    sloganisme.jpg

    l’art savon, le sismo-art

    sismotrain 2.jpg

    le kid-art 

    kid-art 1.jpg

    le post-Art Brut singulier 

    post-art brut singulier.jpg

    nativité seitoung.jpg

    le ratisme ou bad art.

    cecilia jimenez.jpgToutes choses basées sur la saturation graphique de l’espace, l’agitation, le détournement des codes et traditions. Sous l’apparence d’une anthologie de manifestes, le fanzine de Seitoung propose une typologie de pratiques artistiques contemporaines, hyper spontanées, énervées, urticantes et collectives, conscientes ou non. Plus ou moins subversives, sur une échelle de 1 à 10 petites bombes en tête de page.

    sommaire 52.JPG« De quoi devenir un artiste rebelle en moins d'un an »

    Rien moins.

    DIY rebelle.jpg

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Enluminures provençales

    D’Augustin Gonfond (1849-1909), agriculteur provençal et miniaturiste autodidacte, on sait peu de choses. Sinon qu’il fut porté par la vague néo-gothique qui déferla sur l’Europe jusqu’à l’époque victorienne. Ce style troubadour se propagea dans les arts décoratifs avant d’être supplanté par le japonisme. Dans l’univers du livre, ce goût pour les ambiances moyenâgeuses ne concerne pas que la chose imprimée. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, l’art médiéval de l’enluminure connaît un renouveau tel que des peintres non professionnels, animés d’une foi populaire et d’un réel talent naïf, s’emparent de ses techniques.

    madame gonfond.jpgautoportrait gonfond.jpg

    Augustin Gonfond et son épouse peints par lui-même

    On ignore comment Augustin Gonfond assimila celles-ci. Sans doute sa scolarité chez les Frères à Saint-Rémy puis au Petit séminaire d’Avignon y est-elle pour quelque chose. On pense qu’il s’inspira dans son travail d’anciennes gravures. Toujours est-il que, dans son œuvre constituée de 4 livres enluminés et de tableaux biographiques finement calligraphiés et ornés sur vélin, Gonfond, s’écartant du troupeau des simples pasticheurs des moines-copistes du XIVe siècle, fait preuve d’une originalité certaine.

    couv alpilles.jpg

    Une publication (encore disponible) du Musée des Alpilles qui conserve et montre l’essentiel de Gonfond analyse celle-ci en détail : usage du provençal aussi bien que du français et du latin, luxuriance décorative

    diables.jpg

    sens du quotidien (maisons, costumes)

    maison gonfond.jpg

    représentations de lieux précis (les ruines des Antiques, la collégiale)

    Les antiques.jpgcollégiale.jpg

    attention à la flore et à la faune…

    baleine.jpg

    pipistrelle.jpg

    renard.jpg

    hibou.jpg

    colombes dragon.jpg

    Si les enluminures des livres de Gonfond semblent parfois trop tributaires du modèle des images pieuses, il excelle dans le renouvellement de la décoration marginale. Fruit de la patience et de l’habileté, le monde enluminé d’Augustin Gonfond pétille là d’une inventivité qui mêle fantaisie et tératologie.

    diable noir.jpg

    serpents cornus.jpg

    C’est qu’il passe par le filtre poétique d’une conscience malheureuse. La mortalité infantile, courante à son époque, n’épargna pas la famille de l’artiste. « En neuf ans, entre 1886 et 1894, il perd ses trois filles (…) emportées l’une après l’autre par la maladie à l’âge de 6, de 5 et de 16 ans. (…) Les travaux les plus émouvants d’Augustin Gonfond sont les tableaux qu’il composa à leur mémoire : portrait, mèches de cheveux et histoire de leur vie (…). Tout en célébrant les courtes existences de ses enfants, Gonfond nous parle de lui, nous dit ses convictions profondes » (Evelyne Duret, opus cité).

    page enluminée.jpg

    On ne s’étonnera pas que ces croyances soient celles du conservatisme catholique à la veille de la Loi de séparation des Églises et de l’État (1905). Attaché à ce terreau des valeurs du passé, Augustin Gonfond ne peut cependant s’empêcher de loucher – fût-ce pour la brocarder – vers ce marqueur de modernité : la Tour Eiffel.

    Tour eiffel-la parisienne.jpg

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Matières plastiques 1 commentaire Imprimer
  • Joseph Barbiero chez les Gaulois

    Joseph Barbiero vaut le détour. Le détour par Montans, près Gaillac dans le Tarn. Jusqu'au 18 septembre 2O17, l'Archéosite de ce village potier du temps des Gaulois abrite une exposition croisant les regards de l'Art et de l'Archéologie.

    affiche archeosite.png

    Dialogue par dessus les siècles entre des sculptures antiques et les pierres de Volvic sorties toutes vives de l'imagination et du burin de Joseph Barbiero, maçon-bricoleur au look de jardinier dont le talent artistique fut repéré et célébré dès 1983 par l'antiquaire-poète Jean Lelong.

    j lelong.png

    Depuis 1985, date de sa première exposition à Vic-le Comte dans le Puy-de-Dôme, il n'est pas fréquent de croiser les œuvres de Barbiero. La dernière fois c'était pour nous en 2011 à Paris. Aussi cela vaut-il la peine de quitter l'A68 un moment pour découvrir les 11 pierres prêtées à Montans cet été par la famille du sage et volontaire Barbiero.

    IMG_2616.jpg

    IMG_2621.jpg

    IMG_2610.jpg

    IMG_2619.jpgIMG_2620.jpg

    Elles sont accompagnées de photographies de Jean-Paul Cieutat qui se veut "passeur d'images", révélateur d’un héritage (...) venu du fin fond de l'humanité pour nous dire, à nous hommes modernes, que nous sommes tous issus d'une même matrice".

    IMG_2580.jpg

    Cette phrase est extraite du livret-catalogue de cette exposition conçue par Fany Maury et Jean-Marc Ferrandon qui ont le mérite de mettre en évidence une résonnance esthétique dont Jean-Louis Lanoux, dans un article paru dans la revue Plein Chant (L'Itinéraire volcanique d'un Gaulois vénitien) témoignait en 1992.

    IMG_2639.jpg

    Fort émouvante aussi une vidéo qui passe en boucle issue des archives de l'INA. Barbiero interviewé parle de ses "bricoles". Elle date de 1985. Quand le journaliste l'interroge sur la création à 85 ans, Joseph réfléchit et rectifie posément : "84 ".

    IMG_2636.jpg

    IMG_2634.jpg

    Il disposa encore de 6 ans pour griffer, gratter, entailler, sculpter et dessiner sur des cartons de boîtes de biscottes.

    Lien permanent Catégories : Expositions, Hommes non illustres, Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Cachotterie

    La fraîcheur des cachots par temps chaud. Quoi de plus enviable ? Une maison de bailli dans la Drôme provençale fera l’affaire aujourd’hui.

    IMG_2307.jpg

    Ici on rendait et on appliquait la justice. Où ça ? A Grignan non loin d’une géante verte en robe de marquise et anglaises de petite fille : la dame Sévigné, plume au vent.

    IMG_2320.jpg

    L’endroit abrite maintenant un atelier-musée de typographie, baptisé Colophon. Ainsi se font font font les rencontres.

    IMG_2314.jpg

    IMG_2315.jpg

    La prison de Colophon abrite intra muros quelques rudes graffiti auxquels on ne saurait s’empêcher de tirer le portrait.

    IMG_2301.jpg

    IMG_2299.jpg

    IMG_2302.jpg

    IMG_2305.jpgIMG_2310.jpg

    Lien permanent Catégories : Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • Ponny soleil sauvage

    affiche visages-villages.jpg

    Visages Villages : Ponny de Reillanne. Seuls ceux qui n’ont rien compris au Film InterstiCiel se sont abstenus d’aller voir le nouveau documentaire d’Agnès Varda et de JR son agile compère, photographe-colleur de rue.

    agnes-varda-jr-.jpg

    En Provence où il fut tourné en partie, VV a fait la une des journaux.

    la provence 07-17.jpg

    Et sur le Net on trouve tout sur lui, y compris une goûteuse bande annonce pour mettre en appétit les retardataires.

    Ne pas rater cependant la dernière séance. A La Manutention d’Avignon, il passe encore en cette fin juillet 2017.

    utopia (2).jpg

    La chronique de la Gazette Utopia, distribuée sur la ville, se termine par des mots qui donnent envie d’excursions dans le Luberon. Ce sont ceux de Ponny, « artiste méconnu et haut en couleurs » qui fait une apparition remarquable dans le film : « Je suis né à l’ombre d’une étoile. Ma mère la lune m’a donné sa fraîcheur. Mon père le soleil, sa chaleur. Et l’univers pour y habiter».

    IMG_2204.jpg

    camion photo.jpg

    Le succès du tournage à Reillane, village perché à l’écart sur la route d’Apt à Forcalquier, est loin d’avoir monté à la tête de ce personnage qui « a des muscles dans les  rides », comme JR le dit d’Agnès.

    pony par JR.jpg

    Photo JR

    Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il demeure caché. A l’office du tourisme, on vend 3 cartes postales de son Capsulistan.

    cp1.jpg

    cp2.jpg

    La dame au léger accent anglais, qui renseigne gentiment les curieux, a beau localiser sur un plan l’endroit où - croit-elle -réside l’homme aux assemblages colorés, on erre, une fois sur place.

    IMG_2195.jpg

    Après le cimetière, un chemin en surplomb d’une jungle végétale mais aucun sentier pour y descendre. Pas même l’indice du passage régulier d’un homme. D’ailleurs est-ce là ? Rien n’est moins sûr.

    IMG_2188.jpg

    h invisible.jpgOn n’aperçoit rien du domaine sans téléphone ni électricité de Ponny. Décevant ? Non. Une telle discrétion plaide pour l’authenticité de ce personnage. Elle mérite d’être respectée. Comme les bandelettes de l’homme invisible.

     

    giphy.gif

     

    Lien permanent Catégories : Ecrans, Hommes non illustres, Matières plastiques 1 commentaire Imprimer
  • Pédagogie active

    Pédagogie active.

    Salles de détention estudiantines (Studentenkarzer) dans les universités allemandes depuis le 18e siècle jusqu’à la guerre de 14.

    Y être emprisonnés était devenu un point d’honneur pour les étudiants turbulents et rebelles.

    Karzer_Greifswald.jpg

    Greifswald

    karzerbild freiburg.jpg

    freiburg 2.jpg

    Freiburg

    Iéna 2.jpg

    karzer-iéna.jpg

    Iéna

    heidelberg 2.jpg

    heidelberg détail.jpg

    Heidelberg Student Prison détail.jpg

    Heidelberg-Studenten-im-Karzer-Postcard.jpg

    Heidelberg

    marburg 2.jpg

    karzer marburg 2.jpg

    Malburg

    Karzer tubingen.jpg

    Karzer_tubingen 1848.jpg

    Tübingen

    Karzer nurnberg.jpg

    Nürnberg

    Göttingen-Karzer.JPG

    Göttingen

    karzer_leipzig.jpg

    Leipzig

    karzer kiel.jpg

    Kiel

    studenten in karzer.jpg

    karzerbuechlein dobeln.jpg

     

    Lien permanent Catégories : Matières plastiques 0 commentaire Imprimer
  • L’enraciné Abbé Aymon

    Célébrons l’Abbé Aymon. Les merveilles de la nature à l’ombre de la croix : une telle promesse a de quoi nourrir la perplexité de l’automobiliste qui traverse un village de l’Indre en 1994. A fortiori si la croix est rouge. Et qu’elle se détache sur une façade blanche comme la blouse d’une infirmière. A fortiori si une pancarte au pied de la porte de la boutique fait état de chefs d’œuvre de racines à voir et à revoir.

    90.jpg

    Fût-on athée comme une souche, rancunier comme une mule du pape à l’égard des membres du clergé, on ne pouvait que plaider pour cette paroisse.

    116.jpg

    l'internationale intersticielle,André Aymon,Thevet Saint-Julien,racines

    La paroisse rurale de ces faiseurs de miracles -ensoutanés ou non- qui ont de l’art au bout des doigts. On pénétrait au centre de celle-ci qui mêlait si facilement bréviaire et De natura rerum par trois degrés de pierre alors salpêtrées.

    122.jpg

    91.jpg

    112.jpg

    Curieux du zoo bizarre qu’on apercevait derrière des vitres plus ou moins translucides. 250 animaux et personnages se pressaient là, on voulait bien le croire.

    l'internationale intersticielle,andré aymon,thevet saint-julien,racinesl'internationale intersticielle,andré aymon,thevet saint-julien,racines

    Mais la porte était fermée. Il fallait attendre -innocente initiation- le concours de Georges, un voisin qui veillait sur le lieu. Il ne tardait pas.

    97.jpg

    119.jpg

    92.jpg

    Il y a 23 ans, c’est à dire 7 ans après la disparition de André Aymon (1903-1987), le souvenir de ce drôle de curé était encore vif à Thevet Saint-Julien, commune du centre de la France. Inventeur, bricoleur, sculpteur, lève-tôt, évadé pendant la guerre…

    abbé andré aymon portrait.jpg

    Georges se faisait l’écho des anecdotes de ses concitoyens. C’est que l’Abbé Aymon avait tout ce qu’il fallait pour entrer dans leur modeste Légende dorée. Avec son nom de chanson de geste. Avec son église dont il avait 45 ans durant ouvragé les portes, décoré les piliers et les balustrades. Dans un style d’imagier réservé dans nos campagnes à des travaux de moindre ampleur (boîtes, cannes, coffres etc.).

    balustre.jpg

    Fils de menuisier, Aymon était tombé dans le bénitier des travaux d’art à 9 ans. « J’ai volé une planche de l’atelier pour la sculpter et je lui ai fait un cadre avec une branche d’églantine » confiait-il à l’un de ces journalistes dont il n’aimait guère qu’ils viennent l’embêter « pour mettre des articles sur les journaux ».

    106 bis.jpg

    Sagement André Aymon faisait la part du feu. Si, malgré son originalité, son église témoignait de son adaptation sociale, son centre paroissial pactisait avec des forces radicalement individuelles.

    121.jpg

    118.jpg

    Puisant ses matériaux au bord de L’Igneraie, la petite rivière qui baigne une dizaine de localités de la région, il y discernait des formes qu’il aidait à naître par des interventions plus ou moins légères.

    113.jpg

    123.jpg

    120.jpg

    114.jpg

    Avec une sorte d’intuition hallucinatoire qui n’est pas sans faire penser aux Légendes rustiques récoltées dans le Berry par Maurice Sand.

    illustration 2.JPEG

    illustration 1.JPEG

    De ce point de vue, la scénographie sauvage privilégiée par l’abbé dans son centre paroissial (de nos jours devenu musée), avec son apparence de vrac métonymique, ménageait à l’inconscient des voies d’accès.

    l'internationale intersticielle,andré aymon,thevet saint-julien,racines

    Lien permanent Catégories : Délires de la nature, Hommes non illustres, Matières plastiques 1 commentaire Imprimer
  • Déprédations programmées

    Un million de dollars pour une citrouille, des miettes pour une cathédrale. Faut-il en rire ou en pleurer ? On se le demande. Même si la citrouille était fausse. Même si la cathédrale était un modèle réduit de celle de Chartres. L’iconoclastie est au cœur de notre monde comme l’obsolescence programmée peut l’être au cœur du marché. Deux événements récents nous le rappellent.

    La destruction délictieuse d’une œuvre de Raymond Isidore au sein de sa maison Picassiette devenue monument historique.

    broken cathedral.jpg

    cathédrale-raymond-isidore.jpeg

    L’endommagement accidentel de l’installation cucurbitacière de Yayoi Kusama au musée d’Hirshorn à Washington.

    citrouille.jpg

    Tragédie dans le premier cas puisque la cathédrale miniature constituait le noyau central de la création mosaïquée d’Isidore, le foyer incandescent de sa ferveur bâtisseuse.

    Farce dans le second puisque l’artiste japonaise ne tardera pas à remplacer cette kitchounette citrouille en céramique, récoltant au passage tout le profit médiatique possible de cette péripétie.

    Car la différence s’arrête là. A Raymond Isidore, la stupide volonté de nuire d’un saccageur du dimanche soir. A Yayoi Kusama, l’étourderie d’un visiteur qui voulait prendre un selfie. Acte malfaisant et délibéré dans le premier cas. Acte manqué, plus ou moins induit, dans le second. Plus ou moins induit parce que le mode de visite de l’installation de Yayoi Kusama (30 secondes, porte fermée, seul ou par groupes de 4) supposait bien évidemment le risque.


    podcast

    La mésaventure du visiteur maladroit de Washington illustre à sa façon la connivence paradoxale de nos sociétés -pourtant patrimoniales en diable- avec le vandalisme. La pratique de l’incitation douce à la déprédation s’est installée dans les milieux professionnels de l’art au point de faire partie de l’œuvre elle-même en contribuant à son retentissement.

    Exposez par exemple une réplique en lego d’un personnage de Zootopie à taille humaine et il se trouvera toujours un garnement pour franchir le cordon de sécurité et mettre par terre cet artefact de l’artiste chinois Zhao.Tentation trop forte qui ne fera l’objet d’aucune réprimande.

    fox.jpg

    Comme dans l’affaire de Washington, les institutions exposantes et les artistes se sentent assez payés d’avoir attiré (ou élargi) l’attention sur des travaux qui n’en méritaient peut-être pas tant.

    C’est en tenant compte de ce contexte qu’il faut mesurer les menaces qui pèsent sur les œuvres des constructeurs de rêves individuels tels que Raymond Isidore. L’ignorance à leur sujet a reculé et avec elle l’hostilité collective aux expressions originales. Mais un vieux fond d’ostracisme demeure repeint aux couleurs ternes d’un égalitarisme à tendance totalitariste. De ce point de vue la montée des prix sur le marché des créations autodidactes fonctionne comme un facteur aggravant d’une certaine jalousie niveleuse (c’est cher donc je détruis) ou socialement narcissique (c’est connu donc j’y porte ma griffe prédatrice).

    l'internationale intersticielle,raymond isidore,maison picassiette vandalisée,yayoi kusama,cucurbitacées,zhao,zootopie,lego

     

    Lien permanent Catégories : Expositions, Fragments, Kitschounet, Les carottes sont cuites, Matières plastiques, parterres par terre 0 commentaire Imprimer
  • Inuuk : une expo arlésienne

    IMG_1751.jpg

    Hiver du bonnet rose. La Provence en polaire. Temps idéal pour la sculpture du grand nord. Présences inuit à Sainte-Anne d’Arles.

    affiche inuuk.jpg

    Adieu les taureaux de l’été. Place à l’ours bleu de Lucy Qinnuayak (1915-1952) du Cap Dorset. Fin, puissant, élégant dans la neige du papier.

    IMG_1689.jpg

    Les expositions sur l’art inuit sont assez rares en France pour qu’on signale celle-ci qui se tiendra jusqu’au 29 janvier 2017. Inuuk n’a que le défaut d’être courte. Mais elle a le mérite de présenter de belles pièces dans un contexte qui, pour une fois, n’est pas celui de la capitale. Certaines sont anciennes comme ce grappin où la différence entre fonctionnalité et beauté s’abolit.

    IMG_1668 (1).jpg

    L’exposition Inuuk a bénéficié de plusieurs concours, au premier rang desquels Art Inuit Paris.

    IMG_1674.jpg

    Un masque d’Alaska, une créature en vertèbre de caribou,

    IMG_1659.jpg

    un félin en os de baleine et cornes de bœuf musqué,

    IMG_1675.jpg

    une bête spongieuse et griffue proviennent de la Collection de cette Galerie.

    IMG_1683.jpg

    D’autres monstres… si tant est qu’on puisse mêler la tératologie à ces transformations magiques où le créateur-chasseur lit dans un os la forme d’un mufle.

    IMG_1656.jpg

    Appartiennent aussi à la Collection AIP deux œuvres de la féconde période des années 60-7O où les Inuits conservaient encore un lien direct avec une source mentale chamanique.

    IMG_1662.jpg

    Une loutre en bois de caribou, à la gracilité si fluide. Sedna, déesse légendaire du peuple inuit où nous l’on serait tente, à tort, de voir une sirène.

    IMG_1664.jpg

    IMG_1665.jpg

    L’originalité de cette exposition arlésienne c’est aussi qu’elle ne s’enferme pas dans le passé. En témoigne les présences réelles de deux artistes inuit qui nous ont fait l’honneur de venir résider momentanément à Arles.

    IMG_1681.jpg

    Billy Gauthier vient de Happy Valley dans le nord-est du Canada. Bill Nasogaluak est originaire des territoires du nord-ouest. Accoutumés à la concentration, ils oeuvrent en live tout en répondant avec gentillesse aux questions des visiteurs sur l’utilisation des instruments modernes et sur leurs façons d’interpréter les mythes et les traditions.

    l'internationale intersticielle,art inuit,billy gauthier,bill nasogaluak

    Lien permanent Catégories : Expositions, Hommes non illustres, Matières plastiques, Valeurs sauvages 0 commentaire Imprimer
  • Drolatique hydraulique

    Drolatique hydraulique.

    Ils sont respectivement boucher en exercice, charpentier à la retraite. Septuagénaire, octogénaire. Mais ça ne leur suffit pas. Entre loisir et pulsion de mise en formes, il a fallu qu’ils expriment l’intelligence de leurs mains, la poésie luxuriante et colorée de leur monde intérieur.

    C’est au Japon où les moulins à eau n’en finissent pas depuis des siècles de faire tourner les esprits. Comme l’écriture de ce pays si loin si proche nous est opaque et que nos traductions sont approximatives, les noms de ces artisans du merveilleux quotidien demeurent pour nous incertains.

    akio devant boutique.jpg

    akio 1.jpg

    Akio Onizuka pour le premier. Harumoto pour l’autre.

    ts_kawanishi0 harumoto1.jpg

    Sous réserves. C’est dans la préfecture de Kagoshima qu’Akio le boucher tiendrait boutique. Le charpentier, quant à lui, résiderait dans la province de Hyogo. Ce n’est pas la porte à côté. Mais on croise leurs créations sur le Net et le monde en est plus léger.

    l'internationale intersticielle,japon,hydrolique populaire

    Lien permanent Catégories : Hommes non illustres, Matières plastiques, parterres par terre 0 commentaire Imprimer